CHOUCHOU
Une jeune personne très-aimable, mais sous la conduite de surveillants sévères, eut le malheur qu’on reçut dans la maison paternelle un cousin d’environ dix-sept ans. Léonore (c’est son nom) se laissa prendre le cœur, sans presque s’en apercevoir. Les parents, de leur côté, ne se doutaient pas que leur neveu, originaire d’un village, se fût corrompu à Paris. Mais ce jeune garçon, sous l’extérieur le plus innocent, cachait les mœurs les plus dépravées. Il avait été l’élève d’un musicien, qui avait le goût dit philosophique, et qui avait soumis le jeune Lionci à ses caprices criminels. Tel était le sujet qu’on avait admis, pour commensal,
dans une maison honnête, et qui se trouvait à chaque instant avec une jeune personne aimable,
Lionci n’avait jamais eu de goût pour les fantaisies rebutantes de son maître : mais elles lui avaient donné de fatales lumières, et une expérience précoce. Il séduisit, ou trompa sa cousine, qui devint grosse.
Il est impossible d’imaginer avec quelle adresse cette jeune personne cacha son état à ses parents !... Elle accoucha même dans sa chambre, presque sous leurs yeux, sans qu’il s'en aperçurent. Une femme reçut l’enfant, qui était une fille, et l’emporta. Léonore se rétablit petit-à-petit. On n’avait pas le moindre soupçon ! Elle paya les mois de nourrice sur ses petites épargnes , et elle tint sa fille à la campagne jusqu’à l’âge de quatre ans.
Léonore la fitalors venir à Paris, et la mit, comme une orpheline, fille d'une amie qui venait de mourir, en pension chez deux bonnes demoiselles du faubourg Saint-Marcel , qui faisaient des élèves. Chouchou, dont le véritable nom était Victoire, fut élevée dans la modestie, et fort mal mise. Mais elle était si jolie, à onze ans, que sa mutine figure frappait tous ceux qui la voyaient. Ce fut sa gen-