‹ Le Palais Royal (volume 2)Chapitre 24 sur 94 · PREMIÈRE PARTIE · texte numérisé non relu

PREMIÈRE PARTIE

tillesse et sa maussade parure, qui causèrent sa perte.

Une matrulle [*] du Palais royal l’aperçut, et s’informa. On lui dit que Chouchou était une orpheline. C’était déjà quelque chose ; mais la matrulle voulut savoir quels étaient ses parents, et elle remonta par degrés jusqu’à la source. Elle découvrit alors la vérité, car elle parvint jusqu’au premier échelon, la sage-femme, qui ne la connaissant pas, et trompée par son air honnête affecté, lui fit une demi-confidence ; c’est-à-dire, qu'elle lui dit tout, excepté le nom et la demeure de la mère. Ce fut alors que la matrulle sentit qu'elle n’avait rien à craindre

Elle guetta Chouchou, et à sa première sortie, pour une commission, elle l’aborda. Elle lui fit honte de sa mise , et loua sa gentillesse. Elle lui proposa une parure charmante, dont elle lui montra l’échantillon sur une petite fripone laissée dans

(*) Ce mot revient souvent dans ces historiettes : nous ne l’expliquerons pas clairement, et nous renvoyons pour cela au PornographedeM. Restif -de-la - Bretone, ouvrage ad hoc. Nous dirons seulement que matrulle est le féminin de certains hommes, qui portent le nom du poisson des mois de mai, juin, juillet, dont la sauce se fait aux groseilles. Qui pote stcapere, capiat !

le fiacre, lui promit l’oisiveté, des divertissements et des bonbons. Elle détermina même la vocation de la timide Victoire par un peu de violence, aidée de mensonges. Elle dit à quelques femmes du marché, qu’elle venait de la part de la mère de cette enfant, et la fit monter, malgré elle, dans la voiture. On roula, et Chouchou une fois arrivée rue de Richelieu , fut si bien traitée, les premiers jours, qu'on lui fit tout oublier. On la mena aux Variétés , chez Nicolet, chez Audinot ; elle y brilla, et au bout de quinze jours, on offrit de la rendre à ses institutrices. Elle déclara qu’elle voulait rester. On mit des conditions : ce fut de recevoir certains vieillards. Pour garder ses beaux habits, Victoire se soumit à tout : elle devint rapidement. . . ce qu’elle est aujourd’hui, une des plus effrontées petites créatures du Palais royal...

Disons ici, en passant, que si les dévotes institutrices l’eussent mise convenablement, elle n’aurait pas fixé l’attention de la séductrice qui la crut une servante, et qu’elle n’aurait pas été aussi facile à séduire... Oh vous, qui avez de la fortune, je viens de vous dévoiler le sort de cette malheureuse enfant ! daignez venir à son secours et la sauver ! Il en est temps encore : elle n’a vu que d’impuissants vieillards !

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