CECI LIA OU LA BLONDE VOLUPTUEUSE
Quand nous étions autrefois à Paris, fréquemment, il nous arrivait de nous promener avec des amis choisis, et de nous exercer à deviner la condition, les mœurs, les dispositions des personnes, à l’aspect de leur extérieur. C’était dans les commencements du livre fameux de Lavater , livre aussi vrai, que ceux de Schullembourg, auxquels des insensés ont osé le comparer, sont faux et chimériques. En voyant, l’un des soirs d’octobre 1789, l'intéressante Cecilia, sous les arcades du club, qu’elle paraît préférer, nous nous dîmes à nousmême : — Cette fille n’est pas née du sang grossier d’un homme et d’une femme obligés au travail... Et pour nous en assurer, nous l’avons abordée. Or,
comme nous sommes grand, jeune encore, que nous avons le visage à la romaine, le nez aquilin, de beaux yeux, notre figure la frappa. Elle dit à sa chambrière : — Allons à la maison. Nous les suivîmes.
Nous fûmes surpris, en les voyant à la lumière, de la délicatesse des traits de Cecilia. Nous lui fîmes des compliments, et l’on sait que nous excellons en ce point. Elle parut nous écouter avec plaisir. Mais comme nous savons que l’intérêt est le dieu des hommes et des femmes, nous lui proposâmes dou^e francs , pour une heure d’entretien, montre sur table, et nous la priâmes d’employer ce temps à nous raconter son histoire. Elle daigna y consentir, et voici presque mot pour mot ce quelle nous dit :
» — Je ne me targuerai pas d’une illustre origine : je suis cependant fille d’une femme qui porte le titre de comtesse ; mais elle ne l’était pas, lorsqu'elle m’a donné le jour. Ainsi, je suis roturière. Mon père était inspecteur de police ; il a 40 mille livres de rentes, et la croix de Saint-Louis : il a été joli homme, comme presque tous les exempts ; je ne sais trop pourquoi cela. Il connut ma mère trèsjeune, et parfaitement jolie, et il contribua beaucoup à la mettre dans le commerce du monde. Elle