PREMIÈRE PARTIE
vât de ma compagnie. Et lorsqu'elle fut dehors, elle ne l’osa plus, de peur detre punie de son silence. J’ai vingt-quatre ans : je n’en avais que douze, et nous étions en 1777, lorsque ma détentrice , entraînée par deux passions , la vengeance et l’intérêt, succomba au plaisir de satisfaire la première, mais d’une manière atroce et digne de son caractère scélérat.
Elle savait, que l’exempt qui l’avait arrêtée, était le plus libertin et le plus blasé des hommes : elle me para voluptueusement : Et comme jetais grande pour mon âge, elle me fit trouver sous les yeux de cet homme, amateur des fruits verts, et d’un goût dépravé. L’elfet répondit à ses vues. Le coupable Deremhi me convoita, et je lui fus livrée, pour satisfaire des fantaisies atroces , ce qui arriva plus d’une fois. Ma détentrice avait alors le projet de passer en Angleterre, où elle espérait des avantages considérables, offerts par un Lord joueur. Elle se proposait, à son arrivée à Londres, où elle devait m’emmener, d’écrire à mon père et à ma mère tout ce qu’elle avait fait de moi, pour les mettre en fureur. Elle exécuta ce dessein.
Arrivée à Londres, elle fit écrire à la comtesse, alors dans la plus haute faveur, ce que Deremhi avait fait de moi. Elle lui donnait copie du billet
trouvé sur moi, et lui continuait mon histoire, jusqu’à l’âge de i3 ans, que j’avais alors.
Mais cette même année, ma mère perdit tout son crédit, et mon père était si corrompu, qu’il n’eût pas la moindre horreur de ce qui était arrivé.
Je suis restée dix ans à Londres, et j y étais entretenue : ma détentrice mourut. Les escrocs dont j’étais environnée me privèrent de sa succession, qui me paraissait dévolue, et je suis revenue à Paris, il y a deux ans ; j’y ai vu mon infortuné père, qui se cache aujourd’hui, après avoir résigné ses places. Je me propose de l’obliger, par la terreur, à me faire une pension alimentaire de mille écus, et de quitter mon malheureux métier, dès que je l’aurai obtenue...
Tel fut le récit de Cecilia, faite, on ose le dire, pour un meilleur sort. Nous l’engageâmes à ne pas avoir de mauvais procédés envers son coupable père, et elle nous le promit avec joie... Puisse la publication de cette histoire faire trembler Deremhi, et le contraindre à rendre promptement ce qu’il doit à sa fille naturelle ! Puisse la mère, qui est plus riche encore, connaître par nous le sort de Cecilia !