‹ Le Palais Royal (volume 2)Chapitre 29 sur 94 · PREMIÈRE PARTIE · texte numérisé non relu

PREMIÈRE PARTIE

bras la petite Cécile. Cette enfant, qui était rassasiée, sourit à tout le monde, particulièrement à M. De Blemont, auquel Ninette dit un mot à l’oreille. Le libertin célibataire était bien plus touché des grâces naïves de Rosette, que des charmes enfantins de Cécile, quoiqu’il se crût père de cette enfant... puisqu’il faut le dire. Ce fut Rosette seule, qui détermina cet avare à s’en charger.

Dès le lendemain, on sevra Cécile, et M. De Blemont la reconnut pour sa fille naturelle : Ninette s'était conduite de manière à le lui persuader. Le célibataire logea l’enfant et sa gouvernante dans une maison à lui, rue Thevenot, fit sa maîtresse de la seconde, et ne vit plus Ninette que rarement. C'est ainsi que cette muse fut débarrassée de sa fille.

Neuf mois après sa translation, Rosette devient mère à son tour. Comme M. De Blemont l’avait exactement surveillée, il se croyait beaucoup plus sûr de cette paternité que de la première. Il éleva les deux enfants, dans la résolution de les faire ses héritières, chacune pour un tiers. Il avait chez lui une grande fille, qu’on appelait Mademoiselle Agathe De S.-L. grande de toutes manières, grande taille, grand visage, grand pied, etc. à laquelle il avait déjà légué l’autre tiers.

Les deux enfants grandirent, M. De Blemont les mit au couvent, et maria leur gouvernante à un mercier de la rue Saint- Denis.

Cécile était charmante et blonde ; Rosette était moins jolie, mais très-aimable, et surtout caressante comme sa mère. Blemont les aimait fort toutes deux. A cette époque, Ninette, dégoûtée du célibat, s’avisa de se marier. Ovide l’était longtemps auparavant. Un jour, Blemont, qui voulait s’amuser, s’avisa de les inviter à dîner ensemble. Fatal dîner!... Il y avait grande compagnie, entre autres nous-même, avec une charmante personne, nommée Aglaé, amie de Mad. G — dot , sa mère et sa sœur. Cécile et Rosette parurent pour la première fois à la maison. Elles firent l’admiration de toute la compagnie. Ovide et Ninette, qui n’étaient pas instruits, ne cessaient de les considérer. C’est que Cécile ressemblait en beau à Ninette et à son père Ovide; et que Rosette ressemblait également à son père Ovide, et à sa mère Rosette.

Blemont remarqua cette attention, donnée à ses filles par les deux anciens amants. Il lui parut plaisant de leur fournir l’occasion d’un entretien particulier qu’il entendrait. Il appela Ovide dans sa bibliothèque. Il le quitta brusquement, et envoya Ninette auprès de lui : Puis il se plaça dans un

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