PREMIERE PARTIE
se fit matrulle et prostitua sa fille... Elle tint sous son nom une maison de débauche... où elle avait une douzaine de malheureuses!... Mais elle ne perdait jamais de vue Adélaïde. Elle ne la laissait pas un instant seule avec un homme. Au mois de septembre 1789, peu de mois après la mort de son père, Adélaïde prostituée trouva un entreteneur. Elle était si belle, si honnête qu’elle le captiva. C’était un Anglais. Il apprit son histoire. Il en fut si frappé qu’il lui fit douze mille livres de rentes. Il la voulait emmener. Tout était prêt pour le départ, quand il fut attaqué dans une rue par des brigands qui se trompaient et massacré...
Adélaïde redevenue maîtresse d’elle - même, éclairée par son amant, refusa de mener la vie de fille. — Tu as raison (lui dit sa mère, ou plutôt sa furie); je veux te marier... Elle quitta sa maison, qu’elle fit gouverner, en reprit une autre et résolut de tromper sa fille par un faux mariage. Un hasard heureux protégeait Adélaïde. Le complice qui la croyait une fourbe et de concert avec sa mère, s’avisa de lui dire, qu’il n’était pas dupe, et il lui détailla le plan. Adélaïde frémit! Elle chassa l'impudent avec indignation.
Sa mère tâcha de se justifier dans son esprit. Elle rappela l’ancien amant choisi par le père. Il
revint. On sent bien qu’il ne savait pas l’avilissement d’ Adélaïde.
— Monsieur (lui dit la furie), vous êtes le choix de mon mari. Je vous préfère par cette raison. Un trésor confié qu’on nous a remis de la part du père de cette enfant, m’a donné le moyen de lui constituer douze mille livres de rentes sous le nom d’un donateur en l'air : je vous l'offre. Le jeune et célèbre artiste accepta. Il a épousé Adélaïde ces jours derniers. Nous l’avons su trop tard. Il atout appris le surlendemain. Il voulait tuer sa femme. Nous l'assurons par cette nouvelle, qu’elle n’a aucun vice dans le cœur : il est pur, et la mère seule est coupable. Nous le jurons parce que nous le savons.