‹ Le Palais Royal (volume 2)Chapitre 43 sur 94 · ELÉONORE · texte numérisé non relu

ELÉONORE

Nous ne vîmes pas Dorine le soir, et nous ne pûmes joindre Elise, malgré l’envie que nous en avions. Tandis que nous étions dans une sorte d'embarras, nous aperçûmes une jeune fille, mise avec une grâce exquise, marchant en sautillant, et paraissant avoir la vivacité de l’écureuil. Son corset brun, sa jupe de gaze, sa gorge, son air, tout était provoquant. Nous l’abordâmes.

Au premier mot qu’elle nous dit, nous crûmes reconnaître sa voix. Nous l’examinâmes avec plus d’attention ; et nous eûmes l'assurance que nous ne nous trompions pas. C’était la fille unique d’un traiteur de la rue des Marmousets, qui avait été débauchée par son bel oncle, c’est-à-dire, le mari

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de sa tante. Non que cet homme l’eût séduite; c’était au contraire Eléonore qui en était devenue amoureuse et qui l’avait séduit. Nous savions tout cela. Nous n’en dîmes rien. Nous proposâmes nos six francs à la jolie personne; elle les accepta et consentit à nous raconter son histoire, à une condition quelle rirait et que nous ririons avec elle des choses les plus tristes.

» — Je suis fille d’un... d’un Qu’importe?... Ma mère était une belle, très-belle femme! Car je me souviens qu’un jour, qu’elle passait sur le Petit- Pont, me tenant par la main deux gros hommes qui la suivaient, s’écrièrent. — Voilà une belle B***! Je donnerais cent louis, pour lui faire le pendant de cette petite fille-là ! Ma mère sourit , puis elle se mordit les lèvres pour paraître sérieuse.

» Ma tante était aussi une belle femme, de beaux yeux, une belle taille... Vous voyez qû’il fallait bien que je fusse jolie...

» Je ne sais comment il se fit, qu’à treize ou quatorze ans, je trouvai aimable le mari de ma tante. En vérité je ne sais comment cela se fit! Mais enfin, cela fut. Je me mettais sur mon dixhuit, quand je devais aller chez lui ou qu'il devait venir chez nous. Je l’agaçais, je le pinçais. Il me

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