‹ Le Palais Royal (volume 2)Chapitre 44 sur 94 · IO · texte numérisé non relu

IO

poursuivait. Je me laissais attrapper et lorsqu’il me tenait je l’embrassais...

» Un jour qu’on donnait un grand dîner chez ma tante, je me trouvai à côté de son mari. J’étais jolie... oh ! jolie... vous n’en avez pas d’idée !... Je lui marchais sur le pied je le chatouillais... On but. Je voulus aussi me donner une petite pointe... Mon bel oncle me répétait... Eléonore! tu serais une charmante bacchante ! grise-toi, mon Eléonore ! je t’en prie! grise-toi un peu?... Je souriais, je buvais, il souriait, il buvait, et me disait des douceurs, je ne demeurais pas en reste... Sans doute que ce jour-là je lui inspirais... Nous nous donnâmes un rendez-vous à la chute du jour au magasin... Je ne sais comment il se fit que ce rendezvous fut entendu de ma tante... Elle résolut de me remplacer, pour en savoir le but. Elle se confia, pour se faciliter à un homme qu’elle estimait fort, et dans qui elle avait d’autant plus de confiance qu’il était amoureux de ma mère depuis quinze à seize ans, c’est-à-dire, dès avant son mariage. Ce monsieur avertit ma mère de ce qui se passait. On crut devoir aussi prévenir mon père...

» Notez que nous avions tous la tête échauffée par les liqueurs et que mon père aimait fort ma tante, une des plus attrayantes femmes de Paris.

Soi

L’heure du rendez-vous arrive. Nous nous éclipsons mon oncle et moi... Nous étions précédés par l'homme qui avait averti ma tante, par ellemême. par mon père et par ma mère. Nous entrons. On ne voyait pas à se mettre le doigt dans l’œil. Ma tante suivant la convention, crut prendre le doigt de son mari qui me suivait et l’emmener à l’écart. Elle prit mon père. Ma mère crut prendre son mari, elle prit le monsieur en question ; et moi je restais avec mon oncle. On ne devait point parler à cause d’un garçon, grand nigaud qui couchait tout près et qui pouvait entendre. Tout le monde opéra. Ma tante disait : — Quelle ardeur ! le traître croit être avec ma nièce!... On lui en donnera des petits couteaux pour les perdre! Ma mère pensait. — Je ne reconnais pas mon mari! ce qu'il entend à côté de nous, lui donne du cœur à l’ouvrage ! Pour moi , que l’on croyait abandonnée, je trouvais tout absolument neuf et je m’en émerveillais.

» Dans un certain moment, je fis un cri (car je me croyais seule avec mon oncle). Le misérable garçon était dans son cabinet à coucher prêt à éteindre sa lumière. Etonné de ce qu'il vient d’entendre, il ouvre brusquement la porte, et montre... mon bel oncle avec moi, mon père avec ma tante,

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