‹ Le Palais Royal (volume 2)Chapitre 47 sur 94 · SOPHIE · texte numérisé non relu

SOPHIE

Nous cherchâmes ardemment Dorine. Mais ne l’ayant pas aperçue, nous eûmes l’avantage inespéré de joindre Elise. Elle voulut aller chercher son enfant. Nous lui protestâmes qu’elle était si belle femme, que nous nous trouvions fiers de cheminer avec elle.

Dans ce moment parurent six jeunes filles, les mêmes dont il est parlé dans notre préambule, sous les nos 18, 19, 20, 21, 22 et 23. Elles nous frappèrent tellement que nous étions comme fâchés de nous être embarrassés d’Elise. Mais nous raisonnions en aveugles. Les six nymphes ne firent qu’apparaître un instant, et rentrèrent aussitôt pour ne plus ressortir.

Nous demandâmes à Elise, si elle les connaissait? — Ce sont les Houris (nous répondit-elle). Nous lui offrîmes nos six francs pour une demiheure de conversation. La belle consentit au marché. Mais elle voulut absolument avoir son enfant. — Si ce n’est pour toi (nous dit-elle) c’est pour moi. Je veux avoir l’air décent. Nous lui fîmes observer que c était un hommage que le vice rendait à la vertu. Elle en convint; et comme nous la connaissions , nous lui fîmes quelques reproches sur sa conduite avec les enfants. Elle brisa là-dessus, et nous offrit d’elle-même, de nous faire en six soirées, l’histoire des six jeunes filles que nous venions de voir, même de la noire et de la mulâtre. Nous fûmes enchantés et nous lui promîmes six francs pour chaque séance. Elle alla prendre l’enfant que nous voulûmes porter et elle commença.

« — La plus grande, qui est brune, se nomme Sophie. Elle a seize ans. Il y a trente-six filles dans la maison gouvernée par une femme singulière, qui se fait appeler Madame Ogret, par ses connaissances, quoiqu’elle porte un autre nom pour le public. Cette femme a enseigné la géographie et elle a eu beaucoup d’écolières. Elle a été mariée, et elle a ses quatre filles avec elle. Cependant son

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