‹ Le Palais Royal (volume 2)Chapitre 48 sur 94 · PREMIERE PARTIE · texte numérisé non relu

PREMIERE PARTIE

mari a trouvé le moyen de casser le mariage et d’épouser une autre femme avec laquelle il vit.

» Dès que Madame Ogret se vit déclarée concubine, elle quitta son enseignement, et vint avec ses quatre filles, Sophie, Angélique, Adèle et Zéphire, qui sans doute sontde quatre pères différents (car la dame était galante), s’établir aux environs du Palais-Royal. Elle leur déclara son dessein. Les quatre jeunes filles se prirent à pleurer ; elles se jetèrent aux genoux de leur mère, et la supplièrent de ne pas les prostituer ! — C'est mon intention (répondit Madame Ogret). Mais composons. Et elle fit son marché avec elles, que jamais elles ne feraient le dénoûment d’une aventure. Pour cela. Madame Ogret prit chez elle plusieurs filles et ses pratiques ont tellement augmenté, qu’elle en a douze à demeure, outre les six que vous venez de voir, et dix-huit externes (j’en suis une), qui viennent, quand elle les demande.

» Sophie n'est pas l’aînée ; c’est Angélique : mais c'^est la première qui en a le titre à cause de sa taille et de son genre de beauté. Cette enfant a été très-malheureuse toute sa vie. Son père qui était un libertin avant de faire casser son mariage, avait cédé sa femme à un abbé, journaliste compilateur, qui en était devenu amoureux, et il avait pris par

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économie, dans une de nos maisons, une grosse fille ex-cuisinière qui lui coûtait moins que sa femme ne lui rapportait. Il avait gardé deux enfants Sophie et Adèle. Sa femme avait Angélique l’aînée et Zéphire la plus jeune. L’abbé qui voulait avoir l’air décent , quand il se promenait avec Madame Ogret, tenait Angélique par la main et faisait porter Zéphire par une gouvernante d’enfants... Mais revenons à Sophie.

» Dès lage de six à sept ans, quelle avait alors, elle était charmante. La grosse cuisinière concubine de M. Ogret était une catin. Il le savait et comme il était laid à faire peur, il l'avait prise ainsi pour avoir moins de difficultés à surmonter. Mais pouvait-il prévoir ce qui arriva ? Il avait des jours où il dînait chez l'abbé son cessionnaire, ou chez différents Directeurs des petits spectacles. On savait l'heure à laquelle il devait rentrer. La grosse Gillette en profitait, pour continuer son’ métier dans la maison de son maître. Elle sortait, faisait un homme, et l’amenait à la maison. D'abord, elle faisait retirer les enfants : mais insensiblement elle négligea cette précaution ; elle affecta même de les parer. Un jour certain libertin trouva Sophie charmante et il la caressa... Gillette sentit alors tout le parti quelle pouvait tirer des deux en-

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