‹ Le Palais Royal (volume 2)Chapitre 51 sur 94 · ANGÉLIQUE · texte numérisé non relu

ANGÉLIQUE

Après avoir reçu notre présent, Elise prit la parole en ces termes :

» — Ce que je vous ai dit hier, me dispense aujourd’hui de tous les préliminaires.

» La blonde Angélique, quoique moins grande que Sophie, a quelque chose de si séduisant, qu’on éprouve, après l’avoir vue, la soif hydropique de la revoir. Elle n’a pas voulu des hommages multipliés, que lui ont offerts tous les hommes qui l’ont vue chez sa mère, au moyen du filet tendu au Palais- Royal.

» Un jour (c’était un mardi), elle se trouva aux Italiens : on donnait la Brouette; un jeune homme qui se trouvait à l’amphithéâtre, à côté d’elle, et qui

la prit pour une jeune bourgeoise, lui marqua beaucoup d’attentions. A la sortie, Angélique, qui était avec l’auteur de la seconde pièce, remercia le jeune homme, qui parut comblé. Elle monta en voiture, et arriva chez sa mère.

» Or, il faut observer, qu’il y a pour cette maison trois portes. La porte du public; la porte dérobée, ou des personnages graves, et la porte honnête, par laquelle on reçoit les gens pour affaires et les visites bourgeoises. On trouve également trois sortes d’appartements, les publics, les secrets et les honnêtes. Ce fut par la porte honnête et bourgeoise, qu’Angélique rentra. Les voisins de cette porte ne connaissent Madame Ogret, que pour une bourgeoise vivant de ses rentes. Ainsi le jeune homme, ayant vu rentrer sa belle, et s’étant informé à un marchand mercier de la rue de Richelieu, on lui dit que c’était la seconde fille d’un dame aisée, qui payait bien et qui jouissait d’une excellente réputation. Le jeune homme fut tout à la fois enchanté et intimidé ; il craignit que sa maîtresse ne fût trop au-dessus de lui...

C’était le fils d’un riche marchand de draps, de la rue Saint-Denis. Il n’avait plus que sa mère, femme très-dévote, et sa fortune bien liquidée, montait à cent mille écus. Il revint le lendemain

Page 1