‹ Le Palais Royal (volume 2)Chapitre 61 sur 94 · PREMIÈRE PARTIE · texte numérisé non relu

PREMIÈRE PARTIE

le cas de la féconder quoique septuagénaire. Ce qui prouve que Madame Ogret, femme très-philosophe dans notre état, fait joindre l’utile à l’agréable.

— Nous ne savions pas ce trait ! (interrompîmesnous), et nous vous en remercions... Il est trèsintéressant de le savoir... (et de le publier!) pensâmes-nous.

cc Ne m'interrompez plus , ou je termine la séance, et il vous en coûtera six francs de plus pour une seule phrase...

» Zilia commençant à écorcher le français, les cinq amies la prièrent de leur faire son histoire, que je vais tâcher de rendre le mieux que je pourrai.

» — J’ai quatorze ans. Je suis originaire de Quito, capitale du Pérou, et née à Boston. Ma mère descendante des Incas, par son père et sa mère dont la famille avait toujours vécu sous la protection des vice-rois, était destinée à épouser un de ses cousins lorsqu’elle fut aperçue par un jeune français , marin de profession , qui était envoyé à Quito par le gouvernement. Soit que ma mère fût réellement belle, gbit que le jeune Français n’eût pu trouver d’autre femme, il la poursuivit de la manière la plus vive et la plus secrète.

Ma mère sans doute le trouva aimable, ou il lui fit violence ; c’est ce que j’ignore : mais elle devint enceinte de ses œuvres. Sa famille en fut trèsfâchée, lorsqu’elle s'en aperçut ! On n’osait se plaindre au vice-roi, de peur d’être puni. On n’osait pas non plus proposer au jeune Français d’épouser ma mère. Il fallut dévorer sa douleur.

» Cependant le temps fixé au jeune français, pour s’acquitter de sa commission venait d’expirer. Il annonça qu'il allait partir. Comme on s’imaginait qu’il n’avait comprimé ma mère qu’une fois, et qu’il ignorait son état, on était dans la sécurité. Mais ils s’étaient revus ; ils s’aimaient, et le vaisseau étant parti le soir par un vent frais, pour retourner dans l’Amérique anglaise, alors à la veille de se soulever , on ne trouva plus ma mère.

» Elle arriva prête à me donner le jour à Boston , où je vins au monde. Mon père et ma mère se rendirent à Philadelphie, où ils me laissèrent, âgée de 15 mois. Mon père alla combattre et disparut. Ma mère revint auprès de moi, sans pouvoir encore se faire entendre, ni en français, ni en anglais. Elle m’éleva *des débris de sa fortune jusqu’à l’âge de sept ans, en me parlant toujours péruvien. Mais j’appris un peu d’anglais avec mes

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