VINGT-SIXIÈME FILLE
CORISAN DRE
Avant que je fisse pour Agnès ce qu’on vient de lire, nous eûmes un entretien , dans lequel cette aimable fille nous fit l'histoire de la quatrième de ses compagnes, de cette jeune et jolie Corisandre. qui n’avait du caractère de sa patronne, que l’intéressante naïveté.
« — Mon aimable compagne (dit Agnès) ; (car nous nous aimons tendrement toutes quatre) ; est comme honteuse d’exister, à cause de son origine, qui est pire que la nôtre, à toutes. Elle doit le jour à sa grand’mère... Une femme de province, y avait eu pendant l’absenee de son mari, un fils adultérin, dont elle accoucha secrètement chez une sagefemme de la ville, appelée madame Bourgoin.
Elle y laissa son enfant, qui fut élevé chez la sagefemme Bourgoin, comme s’il avait été son fils : on l’appelait cadet, et il portait le nom de la famille.
« Sa mère qui demeurait alors à Paris, le manda, quand il eut quinze ans. C’était un enfant beau comme l’amour. La dame, qui l’avait eu à seize ans, était belle femme dans toute la force du mot : cadet Bourgoin (car il conservait ce nom), devin passionnément amoureux de sa protectrice, qu’il ne connaissait que sous ce titre. Il en était chéri. Enfin, un jour, qu'il était seul avec elle, il se porta aux attaques les plus hardies. La dame, pour se garantir, ne trouva pas d’autre moyen que de lui déclarer sa naissance. Bourgoin, qui volait à la victoire, ne la crut pas; il regarda ce qu’elle lui disait, comme une adroite supposition , et redoublant de témérité, consomma son triomphe.... Sa mère paru inconsolable. Mais ses larmes ne persuadèrent pas cadet Bourgoin. 11 continua de lui soutenir qu’elle se trompait... Elle l’aimait si tendrement, qu’elle s’aveugla. Il ressemblait à son père, quelle avait passionnément aimé. Cette infortunée pardonna...
» C’est delà qu’est venue Corisandre. Sa mère fut obligée de faire pour elle, étant encore mariée,