‹ Le Palais Royal (volume 2)Chapitre 87 sur 94 · PREMIERE PARTIE · texte numérisé non relu

PREMIERE PARTIE

» Vous savez quels sont les emplois de mes compagnes. Une éternelle reconnaissance que nous de vrons à maman Cunégonde, c’est de nous conserver notre vertu, à toutes quatre, en nous faisant gagner beaucoup d’argent. Car maman compte avec nous tous les mois, et elle nous rend raison de tout. Gertrude, votre amie, a déjà 3,600 liv. de rentes ; Isabelle, plus de mille écus; moi, 2,000, et Rosière 6 mille francs. Maman nous dit : — Je vous laisserai vos maîtresses, et vierges à vingt-et-un ans : amassez du bien pour vivre tilles honnêtes,' ou vous marier... Jugez comme nous la devons aimer!... Aussi, Rosière me dit quelquefois: — Je suis venue ici pour toi seule ; mais j’y reste pour toi, et pour maman Cunégonde. Je ne suis pas riche, puisque je ne suis que la fille du suisse du prince de S***, et j’aurai le plaisir, sans avoir perdu mon honneur, de retourner auprès de mes père et mère à vingt-et-un ans, avec de quoi vivre ; mais c’est à toi que je le devrai : Je ne serais pas restée deux heures ici, sans toi. Voilà pour notre situation d’intérêt à toutes, et nos dispositions, relatives à mes compagnes et à moi. Reste mon emploi.

» Il est singulier, et ne ressemble, ni à celui de votre Gertrude, ni à celui d’Isabelle, ni à celui de

Rosière. Aussi, je suis la moins fatiguée, la moins employée... Tenez, voyez-vous ce trou rond, que bouche un médaillon?... Hé bien, je monte sur le premier de ces gradins, et je ne montre qu’une partie de mon corps à la fois : le visage, par exemple. On sonne, et je commence mon exercice. Je reste le visage à ce trou, comme l’acteur dans le Tableau-parlant ; On sonne ; je monte sur le second gradin, et l’on voit mon cou : On sonne; je monte sur le troisième, et l'on voit ma gorge : Je monte sur le quatrième, et je me retourne : puis sur le cinquième encore retournée : Sur le sixième, en reprenant ma première situation : On sonne ; je reste sur le même gradin, mais je me retourne. On sonne, et je monte sur le septième, où je me retourne à un seul coup de sonnette : enfin, je montre mes pieds... Je recommence habillée ce que j’ai fait nue, et la scène est finie.

» Voilà tout ce que je fais ici. Quelquefois la séance est fort longue ! et avec un seul coup de sonnette, on me fait retourner dans tous sens, sur le même gradin : car pour monter à un autre, on sonne trois coups distincts. Je ne vois jamais personne que maman, encore pas toujours. »

Nous fûmes très-surpris de ce que Polhimnie venait de nous raconter !

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