‹ Le Palais Royal (volume 3)Chapitre 33 sur 89 · TROISIÈME PARTIE · texte numérisé non relu

TROISIÈME PARTIE

reau y vit de si belles drapières, qu’il regretta, diton, qu’il n’y eût pas treize mois dans l’année, pour avoir la satisfaction d’épouser une troisième femme !

Il fut assez heureux, pendant quinze jours, avec la belle poissarde ; mais à cette époque, la belle drapière Bissextile lui revint plus fortement dans la tête que jamais. Il consulta son valet de chambre, qui lui conseilla d’épouser cette jolie marchande, sous le nom de M. du Troène, et de lui donner vingt-huit jours, dans l’année pris sur les mois des douze autres.

Ce conseil fut suivi. M. du Troène se présenta chez le marchand drapier- comme un bon gentilhomme éperdûment amoureux de sa fille. On l’accepta: le mariage se fit, et la poissarde même y assista sans reconnaître son mari, au moyen d’une treizième pellicule. On observera, qu’ici, le valet de chambre ne se présenta pas : il était suppléé par un autre.

Ce dernier mariage acheva de bien mettre la noblesse dans l’esprit de la bourgeoisie.

Démophoon, sous prétexte de ses affaires, s’absenta, comme il était convenu : il retourna chez Mademoiselle Mars^ sa première femme, sous le nom de M. le duc duChêne ; puis chez Mademoi-

selle Avrils sous le nom du marquis de Charme ; puis chez Mademoiselle sous le nom du cornue d' Erable; puis chez Mademoiselle Juin, sous le nom du vicomte de Tremble; puis chez Mademoiselle Juillet, sous le nom du baron de Frêne ; puis chez Mademoiselle Auguste, sous celui du châtelain du Tilleul; puis chez Mademoiselle Septembre, sous le nom du seigneur dAlisier ; puis chez mademoiselle Octobre, sous le nom de M.du Châtaigner ; puis chez Mademoiselle Novembre^ sous le nom de M. de VOrme ; puis chez Mademoiselle Décembre, sous le nom de M. du Cormier ; puis chez Mademoiselle Janvier, sous le nom de M. du Troène; puis chez Mademoiselle Février, sous le nom de M. du Sureau ; enfin, tous les mois, deux ou trois fois, chez Mademoiselle Bissextile^ sous le nom de U., de V Eglantier.

Il vit ainsi, depuis quelques années ; mais nous ne pouvons savoir comment cela durera.

Regardera-t-on cette historiette comme une plaisanterie, ou comme une réalité ? Comme plaisanterie, elle ne serait pas saillante. Comme réelle, on la trouvera peut-être invraisemblable... En la lisant, j’ai pensé qu’il fallait demander ce qui en était, à M. Aquilin des Escopettes ? Il m’a répondu : — Cette nouvelle est véritable ; mais j’ai été obligé

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