TROISIÈME PARTIE
tre-d’hôtel, son valet de chambre, prit une malle convenable à son nouvel état, et se rendit rue Saint-Louis.
Démocrate fut bien reçu. On lui donna une petite chambre au grenier, un lit de sangle, un matelas, et un grand drap qu’il devait mettre en double. Il fit son lit. Le soir même, il fut à table à côté de Sensitive. Il parla bien, et deux ou trois fois la jolie couturière leva sur lui ses beaux yeux avec un regard surpris. Démocrate manqua cependant à son devoir, deux ou trois fois, en ne se le vant pas assez vite de table, quand il entrait des buveurs. Le maître lui dit même à la troisième fois ; — Bourguignon, attendez que je me lève.
Cet oubli était bien pardonnable dans un homme pour qui, jusqu’alors, les autres s’étaient levés.
Mais le jour suivant, Bourguignon se mit au fait, et ne manqua plus à rien.
Son but était de gagner l’affection du beau-frère et de la sœur, avec le cœur de sa belle. Le duc savait un peu de cuisine ; il l’avait apprise dans les commencements de sa philosophie, pour se suffire à lui-même. 11 montra sa science, en deux ou trois occasions, ce qui lui attira des égards. Il vit, par
expérience, que la gloire est à tout prix, et que c’est faute de la connaître, que les héros sont insensibles à celle de marmiton. Nos héros, il fallait dire ; car du temps d’Achille et de la guerre de Troie, un grand général se faisait gloire d’être bon cuisinier... Quoi qu’il en soit, le mérite de Bourguignon. comme aide de cuisine, lui donna un grand relief dans la maison de Sensitive, et dans l’esprit de cette jeune personne elle-même. La marchande surtout, était glorieuse de son protégé, et elle disait quelquefois à son mari : — Vous voyez que je suis connaisseuse! J’ai deviné ce garçon-là! Le marchand de vin traiteur secouait la tête... Etait-il un peu jaloux?...
Un jour, la bonne traiteuse le prit en particulier : — Bourguignon (lui dit la dame), vous êtes un joli. Je n’en ai pas encore vu de si honnête, depuis que je fais dans le commerce. De quel pays êtres-vous ? Car on vous a nommé Bourguignon à tout hasard? — Je suis Picard, Madame. — Ha! Picard!... Les Picards sont bons enfants... De quel pays? — Mais des environs d’Amiens. — Vous paraissez si bien élevé, que je ne doute pas que vos parents ne soient d’honnêtes gens ? — Mon père était soldat, Madame. — C’est un bel état ! plus honorable qu’honoré!... Avez-vous quelque petite