‹ Le Palais Royal (volume 3)Chapitre 36 sur 89 · TROISIÈME PARTIE · texte numérisé non relu

TROISIÈME PARTIE

chose, dans votre pays? — Mais oui, Madame. Je suis propriétaire d’un petit bien... — Ah! ahl... De combien? — Mais... Madame... cela rapporte quinze cents livres. — Quinze cents livres!... Mais! c’est un fond de trente mille livres! — Oui, Madame, au moins. — Allons, M. Bourguignon... ou plutôt... dites-moi votre vrai nom. Il n’est pas décent qu’un garçon comme vous, porte un nom de province. — Je me nomme Démocrate, Madame. — Allons, M. Démocrate ! vous pouvez former un bon établissement ! — Je n’en désire qu’un. Madame. — Et c’est ? — D’avoir l’honneur et le bonheur d’être votre beau-frère. — Vous dites toujours des choses honnêtes ! le plus honnêtement du monde !... Nous verrons ça... Mais, est-ce que vous avez déjà parlé à Sensitive ? — Moi ! Madame !... jamais!... Je suis fils d’honnêtes gens, qui m’ont appris, qu’avant de chercher à gagner le cœur d’une jeune personne, il fallait toujours savoir si l’on ne contrariait pas les vues de ses père et mère, de ses frères et sœurs !... Une fille est le bien de ses parents; ils l’ont élevée, et jusqu’au moment où ils l’ont établie, elle est leur propriété, — Ah! le bon garçon! le bon garçon! il me tourne la tête, tant il a de mérite!... Eh bien, mon ami, tu me feras le plus grand plaisir de gagner le cœur de ma

sœur Sensitive ! Tâche de lui plaire, comme tu me plais, et tu l’auras. Démocrate baisa la main, trèsappétissante, de Madame Fouteaux la marchande de vin traiteuse, — Comme il est poli ! (s’écria la jolie marchande, en s’en allant); c’est un sujet unique !... Il aura ma sœur; il m’aurait eu moi-même, s’il avait voulu !...

Sensitive rentrait. Démocrate alla au devant d’elle; il pleuvait. 11 lui prit son parapluie, l’égoutta, lui poussa un paillasson vert, pour essuyer sa jolie chaussure, et fut payé par un sourire. Il ne dit pas un mot ; car on l’appelait.

— Que dis-tu de ce garçon-là, ma sœur? (dit la marchande de vin traiteuse). — Mais, ma sœur, ... on n’en saurait dire que du bien. — S’il te demandait, hein? — Mais, ma sœur... est-ce qu’il me demande ? — Oui, oui, ma petite sœur ! — Ah ! ma sœur!... Et la petite personne se jeta au cou de son aînée. — Ouais? est ce que vous l’aimeriez, Mamzelle ? — Ah ! ma sœur ! il n’y a plus de mal.

— Est-ce qu’il y en avait? — Non, ma sœur. — Savait-il que vous l’aimiez? — Ah ! non, ma sœur!

— Bon! ma sœur ! ma jolie Sensitive! je vois que tu es sage, une bonne fille ; tu as de la vertu... Allons ! nous allons voir ça. . . Mais !... de la sagesse !... de la retenue ! 11 faut qu’une fille soit toujours sur

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