TROISIEME PARTIE
ses gardes, et quelle cache ce qui lui fait le plus de plaisir... comme je fais... car... Il le faudra même encore un peu, quand tu seras femme... Ici, la sœur aînée fut interrompue; on l’appelait au comptoir.
Démocrate, qui avait été prévenu par son autre garçon, auprès des buveurs, avait tout entendu. Et ce moment délicieux le paya de toutes ses mésaises, même de coucher sur un mauvais et unique matelas, enfoncé dans un lit de sangle troué.
C’était à midi. On dîna. Vers les deux heures, Sensitive retourna chez sa maîtresse couturière. La marchande de vin traiteuse dit à Démocrate : — Mon ami, voilà un rayon de soleil; Sensitive a peu mangé ; elle est peut-être indisposée ; fais lui faire un tour jusqu’à la pointe de l’Ile, avant qu'elle rentre chez Mademoiselle Ragnidot. Démocrate rougit de plaisir. Il prit le parasol, présenta le bras à Sensitive, et ils sortirent.
Observons ici que le duc, depuis qu’il était garçon marchand de vin traiteur, était d’une propreté coquette ; toujours de belles vestes de bazin, à brandebourgs, des culottes de lin, des bas fins, dont il changeait tous les jours : des escarpins de peau de chèvre, de belles boucles à pierres, etc. Il était bien coiffé, etc. On l’appelait dans le quartier, le
beau-garçon traiteur. Sensitive, en lui donnant le bras, était la bien nommée, l’attouchement l’électrisait ; mais il dilatait son petit cœur, au lieu de le contracter. Arrivés sur le quai Dauphin, sans avoir ouvert la bouche, les deux amants sentirent ce mouvement de joie, qu’on éprouve toujours, en recevant les rayons du soleil. Démocrate dit enfin à Sensitive :
— Mademoiselle? voilà un beau temps! — Oui, Monsieur Bourguignon. — C’est un beau moment ! il faut en profiter! — Oui... car les nuages... vont peut-être revenir. — Je ne crains pas ceux-là... Celle qui fait mes beaux jours, le soleil de ma félicité... peut seule écarter les nuages que je redoute. — Qui donc. Monsieur Bourguignon? — Vous. — Moi? — Vous seule, belle Sensitive... Apprenez que c’est pour vous que j’ai pris votre état, que je suis venu chez vos parents. — Ah ! ma sœur m’a dit, que vous aviez du bien... Mais cela ne ma flattée, que par rapport à vous... Comment donc cela? — Ma sœur m’a dit... que vous m’aviez... demandée. — Oui, ma belle Sensitive !... et je mets mon bonheur à vous obtenir pour épouse ; toute ma vie, je le mettrai à faire le vôtre. — En ce cas, je suis fâchée que vous soyez riche. — Eh ! pourquoi donc? — Ah! je le sais. — Je dois le savoir