TROISIÈME PARTIE
aussi? — Tenez, Monsieur, j’avais assez, rangé comme vous 1 etes, pour vous faire un établissement; et j’aurais voulu... tout faire pour vous! — Ah! Sensitive!... votre cœur est un trésor... Cependant... votre générosité vous égare; c’est à l’homme, de faire le sort de sa femme ! — Oh ! en ce cas, fussiez-vous prince, comme vous méritez de l’être !...
En achevant ces mots. Sensitive se trouvait à la porte de Mademoiselle Raguidot; rougissant de ce qu’elle venait de dire, elle quitta le bras de son amant, s’élança dans la maison, et en referma la porte. Le duc s’en revint le plus heureux des hommes.
— J’ai voulu être philosophe (pensait-il), et en cherchant la philosophie, j’ai trouvé le bonheur. Est-ce que la philosophie et le bonheur seraient inséparables ? Il rentra.
Madame Fouteaux lui dit avec étonnement : — Votre promenade a été bien courte! — Oui, madame. — Est-ce que Sensitive n’a pas voulu se promener? — Je vais tout vous dire. Madame. Et il dit tout. Ce qui rendit très-contente la belle traiteuse.
A huit heures du soir, avec la permission de la sœur. Démocrate alla se coller auprès de la porte
beau-garçon traiteur. Sensitive, en lui donnant le bras, était la bien nommée, l’attouchement l’électrisait ; mais il dilatait son petit cœur, au lieu de le contracter. Arrivés sur le quai Dauphin, sans avoir ouvert la bouche, les deux amants sentirent ce mouvement de joie, qu’on éprouve toujours, en recevant les rayons du soleil. Démocrate dit enfin à Sensitive ;
— Mademoiselle? voilà un beau temps! — Oui, Monsieur Bourguignon. — C’est un beau moment ! il faut en profiter! — Oui... car les nuages... vont peut-être revenir. — Je ne crains pas ceux-là... Celle qui fait mes beaux jours, le soleil de ma félicité... peut seule écarter les nuages que je redoute. — Qui donc. Monsieur Bourguignon? — Vous. — Moi? — Vous seule, belle Sensitive... Apprenez que c’est pour vous que j’ai pris votre état, que je suis venu chez vos parents. — Ah ! ma sœur m’a dit, que vous aviez du bien... Mais cela ne ma flattée, que par rapport à vous... Comment donc cela ? — Ma sœur m’a dit... que vous m’aviez... demandée. — Oui, ma belle Sensitive!... et je mets mon bonheur à vous obtenir pour épouse ; toute ma vie, je le mettrai à faire le vôtre. — En ce cas, je suis fâchée que vous soyez riche. — Eh ! pourquoi donc? — Ah! je le sais. — Je dois le savoir