TROISIÈME PARTIE
femme, parce qu’elle perd cette même fraîcheur ; parce que les incommodités de la grossesse sont repoussantes ; et elle avait conservé la première à sa fille, en la préservant des autres. Mais à quel prix? Il s’agissait faire une duchesse, et Madame Dutort ne crut pas que ce fût trop acheter ce grand titre, que de sacrifier ses trois cadettes, pour illustrer son aînée... Ce trait est unique dans l’histoire : mais comme il est réel, à quelques déguisements près, absolument nécessaires, nous avons cru devoir le rapporter ; non-seulement pour faire connaître le cœur humain, mais pour faire bénir la Révolution, qui diminuera parmi les hommes, des funestes distinctions, absolument destructives des bonnes mœurs, par l’orgueil des uns, et l’avilissement des autres.
Madame Dutort a réussi. Le duc vient de présenter Victoire, plus belle que jamais, comme mère de trois filles, à tous ses parents assemblés. La beauté de la jeune personne, qu’on a supposée plus grande encore, a fait regarder comme insurmontable la passion du jeune duc. Ses filles sont charmantes... Il vient enfin de posséder sa femme, et le comble du bonheur l’attendait dans les bras de Victoire... Quand elle a été grosse, sa pâleur touchante a paru l’étonner ! Alors l’adroite Ma-
dame Dutort lui a fait entendre qu’il allait avoir un fils. Cette dame instruite des principes de Buffon, connaissant tout l’amour de sa fille pour le duc, en a sagement auguré, que lorsque la femme aime plus son mari qu’elle même, au moment de la copulation, elle a un fils ; et une fille, si c’est elle-même qu elle aime davantage.
{Au moment de mettre sous presse). C’a été un fils. Le duc estau plus haut degré de bonheur : mais ce frêle édifice est autant louvrage de Madame Dutort, que celui de l’amour de Tépoux, et des charmes de l’épouse. Comme Victoire est trèsdélicate, sa mère, qui en a fait son idole, depuis le glorieux mariage, emploie tous les moyens de la conserver. A l’aide du secret, exactement gardé, de l’innocente et naïve soumission de Victoire, de l’empire que la persuasion a donnée à Madame Dutort sur Adélaïde, Adele et Adeline ses trois autres filles, elle a garanti la duchesse des inconvénients de rherculisme ou de l’achillisme de son gendre, et elle n’a pas a douleur de lui voir éprouver le sort de l’infortunée fille de M. Tintintîn, dont un mari trop vigoureux moissonna les appas et la vie, en moins de trois ans. Hélas ! cet homme était bien trompeur ! 11 indiquait le vent du nord, et il soufflait toujours du midi!
Ici finissent les quatre gentilshommes populaires, dont M. Aquilin des Escopettes vit les épouses au Palais-Royal.