TROISIÈME PARTIE
tille (lui dit le pasteur). Rien. — Mais qu’avezvous? — Mot. — Parlez-moi ? Et il alla près d’elle. Marianne était en pleurs. — Vous me regardez comme une enfant (dit-elle enfin). Cependant, je suis assez grande, et ma mère, il y a quelque temps, m’a dit, que j’étais grande fille ! Est-ce que vous croyez que je ne coucherai pas aussi bien avec vous, que ma cousine-marraine Margot, et notre voisine Chevrier ? Essayez, et vous verrez. Tout effrayé que fut le curé de la découverte de son intrigue avec la stérile Chevrier, il ne put s’empêcher de sourire de l’excès de naïveté de Marianne. Il la considéra. Elle était faite au tour, assez jolie, et surtout elle avait cet air de seize à dix-sept ans, qui seul égale tous les attraits. Il lui dit bonnement : — Hé bien, ma fille, j y consentirai ! Mais si vous voulez me prouver que vous n’êtes plus une enfant, de la discrétion ! Tant pour votre compte que pour votre cousine et pour Madame Chevrier ! C’est par là que je vous estimerai, et que je saurai que vous êtes bonne pour les grandes affaires.
Ils se couchèrent. M. le curé se rappela pour lors vivement ce que lui avait dit Margot. Il résolut d’être chaste avec Marianne. Ils dormirent. Ils s’éveillèrent et se levèrent comme ils s’étaient couchés.
Marianne, dans la journée, était rayonnante. La gloire est-ce que notre imagination la fait. Cette jolie enfant avait mis la sienne à coucher avec M. le curé ; elle en était toute hère, et son unique peine, était de ne pouvoir le dire ! Mais elle l’avait promis, et l’idée de redevenir une enfant, par son indiscrétion la retenait suffisamment.
La jolie Chevrier devint enceinte. Mademoiselle Margot mourut en couches, parce que l’enfant était trop fort. Celle-ci vécut. Madame Chevrier eut un fils et une fille ; ce qui combla de joie son mari et le pasteur.
Un soir, Marianne dit au curé : — Est-ce que vous croyez que je ne sais pas que ma cousine a fait un enfant? C’est une fille. Margot est morte en couches... Madame Chevrier n’est pas morte, elle, quoiqu’elle en fait deux; mais elle a bien manqué!... Oh! comme vous faites de gros enfants!... et jolis!... Est-ce que vous ne m en ferez pas un ou deux?... — Si, si. — Je serai donc Madame la curée ? Le pasteur alors instruisit Marianne. Il lui dit, qu’il ne lui ferait pas d’enfant, parce que les curés ne se mariaient pas ; qu’elle était fille, et qu’une aventure l’obligerait à se cacher, ou la perdrait d’honneur. Marianne l’écouta, réfléchit un moment et lui répondit :