TROISIEME PARTIE
l’oncle, que Noyers connaissait de nom; elles firent tenir une tille à la fenêtre, et, en attendant, elle avisèrent sur ce qu’il y avait à faire. — De deux choses l’une, mesdemoiselles; ou je m’absenterai, en sortant dès que M. Alan sera placé, ou nous parlerons, comme s’il était au milieu de nous. — Si cela vous est égal (dit Thérèse), je préfère le dernier. — Le voici (dit la tille placée à la fenêtre... et votre oncle avec lui... — Avez-vous quelque chose à redouter (reprit Thérèse : nous faisons cause commune avec vous qui que vous soyez ?
— Je suis de province (répondit Noyers). Devenu amoureux de Louise, et ami de Thérèse, au point de préférer la mort à m’en séparer, j’ai fait hier inhumer un ami sous mon nom ; je Veux épouser Louise sous le sien, parce que je suis marié en province à une méchante femme qui croira ma mort.
Thérèse. — Ha ciel !... Mais votre action prouve votre amour... et votre franchise encore plus... P.estez... Ils entrent.
Noyers. — Je suis l’auteur des quatre pièces dont vous parliez hier.
Thérèse. — Tu es notre ami, notre mari, notre tout à jamais!
Louise. — Ha! Thérèse ! je pense tout ce que tu dis.
Thérèse {bas). — On nous écoute!... {haut). Je vous assure, M. Noyers, que tout ce que vous nous avez dit, me pénètre d’estime pour vous... Répétez un peu à mon amie, ce qui regarde votre famille {bas). Votre ami décédé?
Noyers. — Mon père et ma mère ne sont plus... J’ai quitté mon pays à onze ans, et je n’y suis jamais retourné. Je n’ai jamais écrit. On m’apportait ici mes revenus, qui consistaient en mille écus de rente, sur des biens fonds. (Voyez ! j’ai des quittances en blanc pour cent ans). Mon indolence naturelle pour les affaires, n’est pas pour le travail : j y suis infatigable. Quant à l’amour, vous me le faites connaître, belle Louise; et votre charmante compagne m’inspire la plus tendre amitié... Ha! que je voudrais voir vos tuteurs!... Ce sont MM. Lesclabasse et Alan!... Il sont connus! M. Lesclabasse, riche horloger est aimé de tout le monde... Et quant à M. Alan, qui passe pour votre frère, par décence, un tuteur si jeune n’étant pas dans l’ordre, je sais que c’est un garçon vertueux; mais épris dès l’enfance d’une belle personne , mariée pendant un voyage qu’il fit... Il l’adore, sans espoir comme sans prétention... Il en a pour