DEUXIÈME PARTIE
tu me surpasseras autant que tu me surpassais : /Tous les hommes seront fous de toi, comme ils le sont de moi. En ce moment, un vieux débauché s’approcha. Javote le repoussa dédaigneusement. Un beau jeune homme survint. Elle lui prit le bras, et s’en fut avec lui, en disant à Cio vise : — Adieu, ma bonne amie ! Demain, je te dirai bien des choses !
Clovise s’en revint tout émerveillée. Elle trouvait Javote adorable; et l’idée qu’elle la surpasserait, lui tournait la tête. Ce fut au milieu de ces réflexions, qu’elle se retrouva auprès de sa mère.
On lui demanda sévèrement d’où elle venait? C’est que le père avait reconnu la toux de Javote. Clovise baissa les yeux, et ne dit mot. Sa mère l’embrassa. Mais il était l’heure de fermer, et quand on fut à la maison, le père gronda fort, et voulut savoir la vérité. Il ne la sut qu’à demi. Sa colère alla jusqu’à vouloir donner un soufflet à Clovise, que sa mère préserva, en la cachant dans son giron. La petite Legrand prit en ce moment sa résolution.
Le lendemain, à l’heure du dîner, se trouvant seule à la maison, elle fit une malle de tout ce qu’elle avait de mieux, prit de l’argent, cacha tout cela dans un petit cabinet, dont elle emporta la
clef, et vint à la boutique. Elle attendit le soir avec impatience. Vers les dix heures, Javote toussa faiblement. Le père n’était pas là : Madame Legrand était occupée. Clovise se glisse, court à son ancienne servante, et lui dit : — Il n’y a pas un moment à perdre : vite un fiacre ; courrons à la maison ; mon paquet est fait; je quitte, et vais avec toi. Javote lui prit la main, et sans lui répondre, se mit à courir avec elle. On prit un fiacre au Château d’eau : Le cocher descendit les cassettes (car la petite en avait rempli deux), et on s’éloigna, sans être vues du v oisinage.
Javote mit Clovise chez la même maman , Celle-ci fut enchantée d’avoir une si jolie personne I Comme c’est depuis la Révolution, il n’y avait pas encore de règle. On s’inquiéta peu si Clovise était pucelle ou non. Cependant Javote, qui l’était encore ellemême, dit que sa Compagne ne l’était plus. Elles couchèrent ensemble avec un vieillard, qui paya gros; mais Clovise ne le vit pas. Cet homme ne leur ôta qu’un peu de fraîcheur, car il était incapable.
Le lendemain, Clovise fut parée. Elle était ravissante. Elle voulut aller au Palais- Royal, où personne ne la reconnut. Il est vrai qu’elle ne passa pas devant la boutique de son père. Elle alla seulement à