DEUXIEME PARTIE
la porte vitrée qui donnait sur le jardin, pour voir quelle mine on faisait. La mère avait les yeux rouges. Le père était accablé. Javote savoura sa vengeance. Mais bientôt, craignant que sa compagne ne s’attendrit, elle éclata de rire, et l’entraîna en courant. Elles accueillirent deux jeunes fats, et Javote voulait sortir du jardin avec eux ; mais Cio vise préféra de se promener et de voir le monde. Elles ne rentrèrent qu’à onze heures.
On les mit coucher ensemble, avec un vieillard qu’on ne laissa pas voir à Clovise.
Tous les jours , depuis un mois, se sont passés comme ces deux-là. Javote fait tout ce qu’ellepeut, afin qu’un libertin déflore Clovise, avant ellemême ; mais la petite, qui n’est pas encore formée, outre qu’elle n’a pas de goût pour les hommes, offre de trop grands obstacles. Elle est passionnée pour la danse du cirque, et c’est ce qui la retient dans son état, qu’elle aurait déjà quitté. Elle a refusé d’être entretenue très-avantageusement. Elle a proposé à sa place, Javote, quelle appelle sa sœur. Mais, deux hommes riches, instruits de sa conduite envers Clovise, ont pris la servante en aversion.
Ils n’ont pas tort ! Il n’est rien d’infâme qu’elle le chercha à faire faire à Clovise, par les hommes; mais celle-ci oppose son innocence, sa beauté : les
hommes sont si touchés de la jeunesse et de la naïveté de cette enfant, qu’ils la respectent... »
En ce moment, Javote arriva.
Tenez, voilà Javote! (nous dit l’Alsacienne au long visage). Nous la regardâmes. Cette fille était jolie; mais elle avait l’air bas. Il était onze heures : on sortait.
Nous priâmes l' Alsacienne de nous accorder sa compagnie, au cirque du jeudi suivant, et nous procurer un entretien avec Clovise et Javote, ce soir-même. Elle alla aussitôt les prévenir. L’orchestre jouait la retraite : les danses étaient dissoutes, et nous donnâmes la main à la jolie Clovise, ainsi qu’à Javote. Nous marchâmes, en faisant à la première, des compliments d’un air qui déguisait nos sentiments intérieurs. Arrivés dans la cour, nous leur offrîmes de les ramener dans notre voiture.
L’envie d'aller en carrosse les détermina. Nous savions la demeure de M. Legrand, père de Clovise, marchand connu. Un mot à notre cocher nous fit remettre, non-seulement à sa porte, mais dans sa cour. Nous savions, par expérience, qu’on ne se reconnaît pas facilement le soir, quand on est venu en carrosse. Nous prîmes l’escalier, sans que Clovise s’aperçût qu’elle était chez elle. Notre laquais monté avant nous, vint nous recevoir un