DEUXIÈME PARTIE
flambeau à la main, après avoir prévenu les parents. Nous étions au milieu de la salle de M. et Madame Legrand, avant que sa fille et Javote l’eussent reconnue. Ils parurent. Clovise fit un cri , et courut se jeter dans les bras de sa mère. Javote fut prête à s’évanouir. Nous la soutînmes. M. Legrand, quoiqu’un peu sévère , alla embrasser sa fille dans les bras de sa femme. — Ha ! bon père ! (s’écria Clovise d’elle-même), jamais je ne te donnerai plus de chagrin !
On ne remit pas Javote. On lui montra le plus grand respect. Elle était tremblante. Clovise qui nous parut très-spirituelle , en cette occasion , sentit qu’il ne fallait rien dire. Elle appela Javote Madame ; et celle-ci ne prononça pas un mot. Nous engageâmes les parents à l’indulgence éclairée ; nous leur fîmes sentir la nécessité de mettre leur fille, soit au couvent, soit, et mieux encore, dans une pension sûre de jeunes demoiselles. Clovise elle-même goûta notre motif quelle pénétra. Nous sortîmes ensuite avec Serpentine.
Lorsque nous fûmes dans la voiture, cette fille se jeta dans nos bras en nous disant : — Vous pouviez me perdre , vous ne l'avez pas fait ! ha ! que vous êtes bon! Nous lui fîmes des remontrances graves et nous la conduisîmes de son
aveu , dans une pension rue de Luxembourg.
En allant l’y voir le lendemain, nous y trouvâmes Clovise. Nous primes en particulier Serpentine, et nous lui dîmes que la moindre imprudence de sa part, serait sans miséricorde... Qu’est-il arrivé? Serpentine (c’est le nom qu’elle porte dans la pension), a été changée par les instructions de la maîtresse, et elle est à présent le plus ferme appui de la vertu dans le cœur de Clovise. Elle voulait aller se jeter aux genoux de ses anciens maîtres et leur demander pardon. Nous l’en avons empêchée. Nous laissons dans l’obscurité ce qui s’est passé dans la rue Beaujolais, où les deux jeunes filles ont demeuré pendant leur fuite...
Clovise rentrera bientôt chez ses parents, qui ont une fille de boutique aussi aimable que Javote, par la figure , mais infiniment plus méritante , pleine de talents utiles, de qualités estimables et une vertu à toute épreuve... Parents, qui avez des enfants, prenez garde aux mœurs de vos domestiques (1) !
(1) C’est un grand mal qu’il y ait des filles publiques; mais c’est un mal nécessaire! On nous a dit que le district de Notre-Dame avait chassé toutes les filles publiques de son ressort. Nous désirons que les