DEUXIÈME PARTIE
cœur de son frère, Fanchette, adorée d’un amant aimé qui n’osait l’épouser de peur d’être tué par son beau-frère, voulut qu’il couchât avec elle et se livra... Les deux amies devinrent enceintes. Le frère barbare crut avoir joui de sa sœur, qui le supplia de lui sauver l’honneur en la mariant. C’était ce qu’elle avait espéré. Mais le féroce ne voulut jamais y consentir. Fanchette épousa néanmoins son amant en secret. Les deux amies accouchèrentle même jour. Fanchette, de Rosalie, Rosalie, de notre petite Fanchette. Quelque temps après, le frère, voyant sa sœur familière avec son mari, et ayant été pressé d’épouser Rosalie, eut des soupçons qu’il éclaircit, en écoutant un entretien entre elles. Dès qu’il sut que la petite Rosalie, qu’il adorait, n’était pas sa fille; mais seulement sa nièce, et qu’il était père avec une autre, il sortit de sa cachette, et trouvant sa sœur seule, il la poignarda. On sait qu’il ne chercha pas à se sauver. Il se jeta aux genoux de Fanchette expirante, lui demanda pardon, but de son sang, et monta sur les toits. Là, prêt à se précipiter, parce que dit-il, une fille comme sa sœur ne devait pas être déshonorée par un rompu, il eut la singulière attention de ne vouloir blesser personne. Il cria gare trois fois, etne se précipita que lorsqu’il vit la place vide.
« Tel fut le récit qu’on fit à Madame Janus en lui cédant les deux orphelines pour six francs pièce. Je dis les deux orphelines. Rosalie, mère, mourut de douleur, et l’amant de Fanchette alla sur mer où il a péri. Les deux petites, abandonnées de tout le monde, furent laissées à une fruitière allumetière, qui ne put les nourrir plus d'un mois, et qui ne reçut les douze livres, que pour se dédommager de sa dépense.
» Madame Janus éleva ces deux enfants de la manière la plus saine et elle en a fait ce que je vous ai dit.
» Rosalie et Fanchette sont les restauratrices d’un vieillard, qu’elles ont tellement fortifié, qu’il les a possédées toutes deux à une époque différente. Madame Janus en a été furieuse! Elle les a ôtées du nombre de ses Sunamites, a placé sur leurs têtes l'amende encourue par le vieillard, leur donne encore le coucher et la table, mais les laisse libres comme vous voyez. »
Nous remerciâmes l’Alsacienne au long visage de son intéressante narration, pendant laquelle Madame Janus était partie avec ses élèves, et nous joignîmes les deux ex-Sunamites, résolus de leur être utiles à la manière de notre ancien ami l’auteur des Nuits de Paris.