SEPTIEME ET HUITIEME SUNAMITE
AURORE ET JASMINE
— Et vous, mes belles? (dîmes-nous aux deux Sunamites, qui s’approchèrent de nous, au moment où Rose cessa de parler). Aurore prit la parole :
« Nous sommes aussi deux sœurs (nous ditelle), Jasmine et moi, qui avons été choisies par un cardinal. Je commencerai par l’histoire de ma sœur : car je suis bien sûre que, pour tout au monde, elle ne voudrait pas la raconter... Nous sommes nées chez le médecin dont Rose vous a parlé : ma sœur est fille d’une duchesse, séparée de son mari, et qui avait entre autres, pour amant, un batelier très- beau garçon (1). S’étant trouvée
(1) Une chanson du temps célébra cette comique
prise, elle vint accoucher chez le médecin. Des ordres exprès étaient donnés d’enlever l’enfant, aussitôt après sa naissance, de le porter au père, resserré dans une étroite prison, de le massacrer devant lui, et de lui battre les joues des membres sanglants de l'innocente créature. Cela fait, on devait l’envoyer aux mines.
» Une furie titrée peut donner de pareils ordres , l’intérêt peut engager à promettre de les exécuter; mais l’humanité en empêche : on trompe la mégère et l’on reçoit son argent. Ce fut ce qui arriva. Jasmine fut remise à maman Janus, qui la fit élever. On montra au monstre-mère, les membres d’une enfant morte naturellement et disséquée. Jasmine grandit avec moi. »
Mon histoire est liée avec la sienne.
» Je fus la cause innocente du malheur qui menaça les jours de ma sœur, en naissant. Le beau batelier, qui avait donné dans l’œil de la duchesse,
aventure :
Les Marigniers de la Gueurnouillère,
Vantez qu’ça fait d’jolis-garçons !
Ca vous a ç’tour, et des façons Qu’on n’dirait pas des gens-d’-rivière ;
Les pauvres flyes du Gros-cayou I^’en ont pas à-moiquié leû sou, etc.