DEUXIEME PARTIE
en était aimé, comme un nègre suscrite. ou comme un animal de travail : la dame, pour elle-même, non pour lui, fournissait à l’instrument de ses plaisirs tout ce qu’il pouvait désirer. Le batelier était Monsieur, et il avait quelquefois du bon temps. Ce fut dans une veine de tranquillité, que passant un jour, en carrosse, par la rue Dauphine, en habit de joûteur, c’est-à-dire, en veste et culotte blanches bien justes, avec une ceinture de soie, il aperçut la jolie Aurore, ma mère, dans la boutique de son père, marchand fourreur. Il descendit, et il entra pour la voir mieux. C’était l’été; il y avait peu d’ouvrage ; Aurore était seule. Le jeune homme était superbe! Son habit provoquant laissait voir les signes du désir. Il interpella d’amour la belle Aurore, qui ne put résister... Je ne sais si ce fut à la première, la seconde, ou la troisième visite ; car il n’en rendit que trois.
» L’infidélité fut découverte. La duchesse dissimula, vis-à-vis de ma mère. Au moment des couches elle la fit enlever, et conduire chez le médecin : les mêmes ordres furent donnés contre moi, que contre ma sœur Jasmine. On devait également faire périr ma mère. Mais le médecin était trop honnête homme pour cela. Il meurt assez d’enfants, sans qu’on en tue. La duchesse se crut
satisfaite. Mon père a été aux lies, où il est peutêtre encore.
Puisse-t-il un jour me reconnaître» !