AMANDE ET GIROFLÉE
Deux belles filles se présentèrent, après la blonde Aurore et la brune Jasmine. On observe que les Sunamites sont toujours brune et blonde. Amande, qui va parler, est de ce dernier genre, et Giroflée du premier.
« — Comme nos quatre premières compagnes, nous sommes nées sous les yeux de maman Janus, Giroflée et moi. Nos mères étaient deux sœurs, et nous n’avions qu’un seul père : c’était un petit abbé, maître de musique et d’instruments.
» Nos mères étaient filles d’un riche marchand drapier de la rue Saint-Denis. Elles étaient jolies ; et pour l’âge, à un an de distance l’une de l’autre.
Ma mère était l’aînée. Blonde comme son père, elle était indolente et voluptueuse. Le petit abbé la cajola, et parvint à la posséder, malgré les attentions d’une mère surveillante. Mais si ma mère esquiva les regards de sa maman, elle ne put se dérober à la curiosité de sa sœur cadette. Celle-ci fut donc souvent témoin des délices que goûtait et que procurait son aînée. Elle fut tentée par là.
» Un jour que ma mère fut menée en visite par sa maman, la cadette dit à l’abbé : — Est-ce que je ne vaux pas ma sœur, que vous la traitez seule en grande fille? Elle est blonde et belle ; je suis brune et jolie : elle est langoureuse et tendre; je suis vive et pétillante. Elle n’eut pas besoin de pérorer plus longtemps.
» Elle fut assimilée à sa sœur, cette fois là seulement. Car peu de jours après, on s’aperçut de la grossesse de l’aînée. On s’informa. L’abbé fut expulsé.
» Le médecin de maman Janus, l’était de la maison : il fut consulté. Il promit de tenir tout bien secret. Ma mère fut mise chez lui , où elle accoucha.
» Elle n’était relevée que depuis quinze jours, quand on s’aperçut que la cadette en tenait à son tour. On la mit en pension, comme sa sœur, et