‹ Le Palais Royal (volume 4)Chapitre 40 sur 98 · DEUXIEME PARTIE · texte numérisé non relu

DEUXIEME PARTIE

un hypocondriaque, sujet à des accès de fureur, et par conséquent inmariable. Que cependant, on lavait marié à dix-sept ans; mais la première nuit des noces , il manqua d’étrangler sa nouvelle épouse, qui se sauva chez son beau-père, veuf alors. Elle était si effrayée, qu’elle se jeta toute nue dans ses bras, et voulut coucher dans son lit. Il l'y reçut tremblante, et... la chair parla... Je suis le fruit de cette aventure, à ce que nous présumons. Ma mère n'avait que quinze ans quand elle me conçut... Elle retourna chez ses parents, leur avoua tout, et ils l’obligèrent à cacher sa grossesse. Elle accoucha secrètement, et je fus mise aux enfants trouvés. Le billet est de ma mère. La raison de cette conduite, est qu’on voulait faire casser le mariage.

» Mon père n’avait plus que sa fille; on fut obligé d’enfermer son fils. Il se maria sur-le-champ avec une petite personne fort jolie, mais libertine effrénée, dont le père voulait se débarrasser. On maria la fille de mon père, avec le père de sa femme. Celle-ci, qui avait l’àme vicieuse, se trouvant à la campagne avec son mari, son père et un joli homme, voulut avoir ce dernier. Elle lui en parla. Il ne l’aimait pas; et il adorait au contraire la belle-fille belle-mère. Il lui répondit durement,

que si c’était la fille de son mari qui lui en dirait autant, loin de se faire prier, il serait au comble de la joie et du bonheur ; mais que pour elle, il la regardait comme une messaline. Ce propos mit la petite femme en fureur contre sa belle-fille bellemère. Elle imagina un tour affreux.

» On était les uns sur les autres à une campagne, où les chambres fermaient assez mal. Le même soir, la belle-mère belle-fille eut soin de bien clore les volets en dehors, pour que le jour ne parût pas, et les rideaux en dedans. Elle avait mis du champagne dans les carafes, au lieu d’eau ; elle avait fait la bacchante, en excitant à boire, et l’on avait bu copieusement. En se couchant la dernière, elle avait ôté tous les pots de nuit, et les avait portés sur une table. Elle se tint ensuite éveillée. Le premier qui se leva fut son mari. Ne trouvant pas le vase, il sortit pour l’aller prendre, et satisfaire au besoin pressant. Le bruit qu’il fit, en se heurtant, éveilla tout le monde, pressé du même besoin. On se leva : les deux maris, la bellefille belle-mère et le jeune homme. Chacun apporta son vase. La belle-mère belle-fille, qui seule se possédait, se tint à la porte de la chambre du jeune homme, qui trouvant quelqu’un prit l’autre porte, où il n’y avait personne. Il alla se mettre

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