‹ Le Palais Royal (volume 4)Chapitre 48 sur 98 · VINGT-NEUVIÈME ET TRENTTIÈME SUNAMITE · texte numérisé non relu

VINGT-NEUVIÈME ET TRENTTIÈME SUNAMITE

SOUCIE ET LISERONE.

Les deux dernières de cette soirée s’approchèrent alors, et ce fut la blonde Soucie qui parla.

« Nous sommes deux sœurs. Il y avait, dans une paroisse de Paris, un prêtre, appelé Beaucousin, qui possédait la confiance de toute une maison dévote de marchandes de dentelles et de mousselines. On comptait trois filles dans cette maison. L’aînée, grosse brune, fut seule mariée. Elle resta veuve avec trois enfants. — C’est pour chacune un (lui dirent les deux sœurs); car nous ne nous marierons pas.

» La seconde était brune, laide et bossue; la troisième était blonde, avec des yeux de lapin, et la

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vue si basse, qu’elle ne voyait qu’à deux pas devant elle : c’était la bossue qui la menait à l’église.

» Elles avaient toutes deux pour confesseur le Beaucousin, bel homme, d’une santé robuste, et très-porté pour les femmes. Cet homme avait une grande passion pour deux choses, une belle gorge, et une jolie chaussure. Les deux sœurs avaient la première ; elles étaient infiniment soigneuses de la seconde. Les désirs furent excités. La bossue devint éperdûment amoureuse ; mais Beaucousin aurait préféré la cadette. Il s’aperçut que, pour avoir libre entrée dans la maison, il fallait cajoler la bossue. Il le fit ; il devint un Dieu pour elle ; il en faisait ce qu’il voulait. Il la posséda...

» Un jour, il dit à la blonde, dont la peau délicate l’affriandait : — Je fais amitié à votre sœur; mais c’est vous que j’aime : accordez-moi quelque retour, et nous serons heureux. La jeune personne y réfléchit, et finit par consentir. Elle ne fut pas, comme sa sœur, complaisante à la maison ; elle se glissait chez le Beaucousin.

» Les deux sœurs devinrent enceintes. Elles se cachaient l’une de l’autre avec la plus scrupuleuse attention. Elles se choisirent une sage-femme, rue du Plâtre , avec la condition d’avoir une chambre seule.

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