‹ Le Palais Royal (volume 4)Chapitre 51 sur 98 · DEUXIEME PARTIE · texte numérisé non relu

DEUXIEME PARTIE

» Ma mère fut bien étonnée de ce discours ! Elle fit des représentations. — Brrr (s’écria mon père); je m’embarrasse bien de viande creuse, comme votre chienne de vertu!... Allons, allons, dès demain, ayez la bonté, Madame, d’écouter l’amour de ce richard de Lebreteur, qui me fait la cour pour vous depuis plus de six ans ! Mais je vous en croyais d’autres, et je ne voulais pas trop vous fatiguer... Quant à vos guenons de filles, vous savez bien l’histoire du petit Poucet?... Laissez-moi faire...

» Ma mère ne savait que répondre... Le lendemain matin, mon père sortit. Une heure après, il rentra, conduisant le gros Richard. — Monsieur (lui dit-il) ; je suis le maître ; je vous la donne, pour en faire à votre bon plaisir (montrant ma mère). Je suis Picard; si elle raisonne, voyez -vous ce nerf de bœuf? je l’arrangerai comme une femme d’Abbeville... Il sortit, en achevant ces mots.

» Le richard parla bien clairement à ma mère, qui se prit à pleurer. 11 la consola, en lui disant : Ne m’accordez rien; mais recevez de moi ce qui peut le satisfaire. Je vous donnerai mille francs par mois. Avec cela vous ne serez pas dans le besoin. Mais comme on peut saisir vos meubles, pour les dettes de votre mari, venez dans une maison à

moi, et où tout est superbe! Je vous la donnerai, avec les meubles, le jour de mon bonheur; et en attendant, elle passera sous mon nom... Ma mère, que cela n’engageait à rien y consentit. Nous allâmes demeurer dans une maison du richard.

» Le même soir, mon père demanda rudement à ma mère, si elle avait donné satisfaction à M. Lebreteur? Elle lui répondit qu’elle ne l’entendait pas. Il s’expliqua. — Ha! Ciel! y pensez-vous? Il est trop honnête homme pour le demander! — C’est moi qui vous le demande pour lui ; et si vous ne le faites pas, demain je vous assomme. — Quoi ! vous voulez que je donne un pareil exemple à mes filles? — Ha vous avez raison, Madame! vous avez raison... Il ne dit plus rien, mais le lendemain matin, il nous ordonna tant à moi qu’à mes sœurs que vous voyez, de nous habiller le plus proprement que nous pourrions. Ma mère nous aida, et nous donna cette grâce, qui lui était particulière. Le richard arriva ; mon père nous dit : — Allons faire un tour, mes filles, pendant que madame parlera d’affaire avec mon ami... Nous montâmes en fiacre, et nous allâmes au Luxembourg, où mon père nous fit déjeuner. De là un autre fiacre nous prit et nous amena droit ici.

» Maman Janus était prévenue par mon père dès

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