DEUXIEME PARTIE
la veille. Elle avait justement besoin de deux couples de tourterelles (comme elle disait alors), l’une pour son financier, l’autre pour son vieux cardinal. Elle nous reçut à bras ouverts. Notre père nous laissa, en nous recommandant d’obéir en tout à notre nouvelle maman.
» Dès qu’il fut parti, maman Janus s’assit là, et se mit à nous exposer notre devoir devant celles de nos compagnes qui le savaient déjà. La persuasion coulait de ses lèvres. Elle nous convainquit si bien de la pureté de ses vues, de l’utilité de son art, de la légitimité de sa conduite, que nous nous levâmes pour l’embrasser, enchantées de délivrer notre père et notre mère d’un aussi pesant fardeau que l’entretien de quatre grandes filles.
» Voilà toute nçtre histoire. Maman peut dire que nous nous sommes aquittées de notre devoir, à sa satisfaction, et à celle de nos respectables vieillards. »
Génétine prit alors la parole. — Ma sœur Tulipette et ma sœur Barberose, que vous voyez, ont pourtant fait une petite escapade. Gomme elles aiment beaucoup ma mère, elles ont voulu la voir. Elles lui ont écrit, et elles ont été l’attendre à la fenêtre, de peur qu’on ne la laissât pas monter. Dès qu’elles l’ont vue , elles ont couru au-devant
d’elle et l’ont embrassée. Notre mère s’est trouvée mal, et maman Janus a eu l’embarras de la faire revenir. Elle lui a tout dit. — Allons, allons (a répondu ma mère), le mal est moins grand pour
elles que pour moi. Car mon mari m’a forcée à
avec le richard, bien plus coupablement!... A son retour, il me dit avec dureté : — J’ai perdu vos quatre filles, pour que vous ne leur donniez pas mauvais exemple. Je vous laisse votre fils et la plus jeune , votre petite Reineclaude. Si vous ne m’obéissez pas, dans ce que vous savez, je les perdrai aussi. C’est pourquoi j’ai obéi...
» Voilà tout ce qui nous regarde. Ma mère est triste, mais elle supporte ses peines... »
TRENT-SEPTIÈME ET TRENT-HUITIÈNE, TRENTE-NEUVIÈME ET QUARANTIÈME SUNAMITE