‹ Le Palais Royal (volume 4)Chapitre 53 sur 98 · PIVOINE ET MUSCADINE, ORANGE ET GRENADE · texte numérisé non relu

PIVOINE ET MUSCADINE, ORANGE ET GRENADE

Nous avions à peine remercié la provoquante Bleuette et la mignonne Génétine, que nous vîmes s’avancer quatre autres Sunamites, ayant à leur tête la blonde Orange.

» — Nous sommes filles (nous dit-elle) , mes trois compagnes et moi, de deux voisines de la rue del’Arbre-sec; l’une, marchande bijoutière (c’est ma mère), l’autre, marchande papetière (mère de mes trois compagnes). Ma mère, fille, était marchande de petits bijoux, dans le passage de l’ancien Palais- Royal à la rue de Richelieu. Un intrigant, natif de Leictoure, en voyant une aussi charmante personne que la jeune marchande , spécula qu'il pouvait

faire sa fortune avec l’emplette de ce bijou. Il jouait, et gagnait quelquefois. A la première bonne veine, il réunit l’adresse au hasard, et, dans la séance, gagna trois mille louis. Il s’arrêta là, par un motif plus puissant que la passion du jeu; celui d’avoir ma mère. Il se fit recevoir marchand bijoutier, sous le nom d’un apprenti, qui lui céda son nom et ses droits entre eux, il leva une superbe boutique; qui en compose aujourd’hui deux, dans la rue de l’Arbre-sec; la garnit, et, bien établi, vint demander ma mère. Il était fort laid ! mais la boutique était si belle ! Il y avait un autel en niche pour la marchande ; les portes et les donne-jour avaient de si beaux verres de Bohême , que tout cela tourna la tête de la jeune marchande privilégiée.

» Dès qu’elle eut consenti, on la mena chez les marchands de la rue Saint-Honoré-Ferronnerie, se choisir des robes, des mousselines, des dentelles, des gazes; et dans la rue Saint-Honoré-l’Oratoire, faire emplette des bijoux les plus brillants et les mieux montés. Elle en prit considérablement , parce qu’ils devaient rentrer dans la boutique et faire partie du fond.

» Tout cela fait, on se maria.

» Le soir des noces, le laid mari dit à la jolie

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