DEUXIÈME PARTIE
épousée : — Madame, ne croyez pas que j’aie voulu faire à une aussi belle personne que vous, le tort de lui donner, pour coucheur, un magot tel que moi ! Non, non ! je ne vous toucherai pas... Ditesmoi seulement, dansla vérité, avez- vous votre pucelage? — La question est singulière, Monsieur.
— Elle est de pure curiosité : je ne vous en voudrai pas, si la qualité de vierge vous manque ; mais je prendrai mes arrangements en conséquence. — Monsieur, je suis honnête, et jamais je n’ai manqué à la vertu. — Je vous crois, ma belle ; mais en en qualité de mari, j’ai droit d’y voir. Ma mère fit quelques difficultés : mais enfin, craignant qu’on ne la soupçonnât de craindre quelque chose, elle abandonna ses charmes à la curiosité du laid Gascon... Il usa longuement de sa complaisance.
» — Vous êtes parfaite! (lui dit-il enfin); et ne fussiez-vous pas pucelle, vous le paraissez : cela me suffit. — Quoi ! Monsieur ! — Paix! ma belle! c’est un bien plus grand mérite de le paraître, sans l’être, que de l’être sans le paraître. — Mais je le suis. — J’aimerais mieux que vous ne le fussiez pas, à présent, et que la jouissance, même répétée, vous laissât telle que je viens de vous voir.
— Monsieur! — J'ai mes raisons A présent,
Madame, vous allez vous mettre au lit. Je ne trou-
blerai pas votre tranquillité ! Je ne ternirai pas ces charmes brillants! Je m’en garderai bien! Vous êtes l’effet le plus précieux de ma boutique!... Parlez, Madame ; tout ce qui pourra vous satisfaire, sera ma loi ; je ne veux que votre bonheur; le mien sera d’être à vos ordres et l’instrument de vos félicités! — En vérité, Monsieur, vous m’étonnez ! — Soit; mais je suis vrai.
î) Je vous passerai une infinité d’autres propos qui eurent lieu les jours suivants. Ma mère fut mise comme une duchesse. Elle ne descendait à la boutique qu’à midi, après une demi-toilette, présidée par son Gascon. Elle était alors à croquer. Tout le monde l’admirait. A deux heures, on faisait la grande toilette ; ni rouge ni blanc : la fraîcheur naturelle et le contentement en tenaient lieu. On dînait. Mets délicats et salubres pour Madame. On se remettait à l’hôtel, aux bougies.
» Cette conduite amena pour chalands la cour et la ville. L’admiratif Gascon ne parlait à sa femme qu’avec respect, et en la traitant de Madame. Enfin, enfin, arriva ce qu’il désirait.
» Un riche et jeune mylord vit la belle bijoutière, et en devint éperdûment amoureux. Le Gascon lut dans son âme, avant lui-même. Aussitôt, il dépêche en Angleterre, pour connaître l’état des affaires du