ROSALIE ET FANCHETTE
Pour remplir la promesse que nous avions faite de servir ces deux Sunamites qui allaient peutêtre se perdre au Cirque , par la trop grande indulgence de Madame Janus, nous allâmes voir leur vieillard. Nous lui représentâmes ses obligations, à l’égard des deux jeunes personnes dont il avait eu les prémices, de toutes manières. Il nous écouta, et lorsque nous eûmes achevé, il nous dit, en ricanant : — Mon bel ami ! ne seriez-vous pas l’amant de l’une ou de l’autre ? De toutes les deux peut-être ? Nous contraignîmes notre air, naturellement gracieux, pour en prendre un sévère.
— Nous sommes Aquilin-des-Escopettes. Nous
avons une douce et charmante amie, que nous adorons, et qui nous a rendu le chevalier de tout son sexe.
A la déclinaison de notre nom, l’on eût vu le vieillard agrandir ses petits yeux brillants, et nous regarder avec un étonnement de curiosité. Cependant, il voulut continuer son rôle de plaisanterie : — Je vous croyais incongruiste, Monsieur ! — Vous vous êtes trompé, Monsieur, sur notre compte, comme beaucoup d'autres. Voyez notre charmante cousine, et vous serez convaincu, que nous ne pouvons que l’adorer. — Je le sais (répondit-il)... Mais que voulez- vous donc que je fasse pour mes deuxSunamites ? J’ai payé l’amende.
— Hé ! quoi. Monsieur ! vous vous en tenez à ce que vous devez, envers deux jeunes beautés, qui vous ont donné leur fraîcheur et leur salubrité !
— Que voulez-vous que je fasse ? — Mariez-les. Faites-en vos obligées; et lorsque la caducité vous accablera, elles environneront votre lit, avec leurs enfants ; elles vous aideront à y monter, à en descendre ; elles vous endormiront par des propos agréables. — Oui ! oui ! elies seront mes berceuses, comme en a quelqu’un ! C’est bien pensé... Allons, je les marierai avec une bonne place, et des appointements pour leurs maris.