JULIENNE ET CENTAURÉE
Il nous paraissait que c’était Julienne qui était fille de la marquise, depuis que nous connaissions de vue cette dame et sa femme de chambre. Julienne était blonde comme sa mère; ses traits étaient calqués sur les siens : nous eûmes la hardiesse de demander un entretien à cette dame, et de lui parler de sa fille. Elle nous reçut très-bien, mais elle nia les faits, et nous assura, quelle était calomniée. La femme de chambre, incertaine, prise à part, à l’insu de la maîtresse, avoua tout, et témoigna le plus vif désir de voir sa fille, assurant qu’elle la reconnaîtrait dans cent mille. Nous le lui promîmes, pour le temps où Lavande serait établie.
Un riche vieillard avait entendu parler des deux jeunes filles de cet article, par les deux hommes dont elles avaient été Sunamîtes. Ces vieillards caducs en avaient d’autres, auxquelles ils s’étaient attachés ; mais ils conservaient un souvenir reconnaissant de leurs restauratrices. Le vieillard instruit par un d’eux, vint chez Madame Janus, pour choisir, soit des Sunamites, soit des Berceuses, suivant que le cœur lui en dirait. Il vit les Sunamites à louer, et il fut épris de Julienne et de Centaurée : car c’était une règle, que ces jeunes filles n'allaient pas seules, chez les riches vieillards, à cause de l’ennui qui avait manqué d’en faire mourir une.
M. A. D. p. emmena donc les deux compagnes, après avoir contracté les engagements convenables. Ce vieillard avait une fille, mariée depuis vingt ans, et un fils unique, qui avait des enfants. Il était si vieux, que sa famille était sans cesse chez lui. Mais comme il voulait cacher ses Berceuses, il ne la reçut plus qu’avec précaution : ce qui donna des inquiétudes.
Un jour cependant, par la trahison d’un laquais gagné, le jeune A. D. p., petit-fils, parvint jusqu’à son aïeul, au moment où Julienne, assise dans un fauteuil auprès du vieillard, (tandis que Centaurée