DEUXIEME PARTIE
parlers. Elle va recevoir les visites de son futur à la grille du couvent. »
Voilà ce que nous dit Narcisse. Comme nous imprimons, Jacinthe est mariée; et il est impossible qu’elle ne soit pas heureuse, avec son caractère et sa beauté.
» — Roseblanche ma sœur (reprit Narcisse), avec sa voix enchanteresse , est le charme de la société de M. le maréchal. On la lui demande de tous côtés, pour l'Opéra, pour les Italien, même pour les Français, qui commencent à chanter aussi. Mais ce digne protecteur a sur elle les vues les plus hautes, que vous me permettrez de vous taire. «
Elle nous les a tues effectivement ; mais nous les avons découvertes. Il faut que le maréchal soit bien enchanté de la belle voix de Blanchette, pour faire ce qu’on nous a dit. On assure qu’il lui a donné le titre de sa femme, pour l’élever au rang le plus considéré ; tandis, que par un excès de bonté
sans exemple, il lui donne
la réalité du mariage... Çe qu’il y a de certain, c’est qu’elle sera bientôt mère... (Au reste, nous n’exposons que des faits. Nous peignons; et d’après nos récits, on jugera la fin du xvme siècle, que nous ne calomnions pas. Nous nous contentons de déguiser les noms et la condition des personnages.)
« — Je pourrais à présent vous parler de moi (continua Narcisse); mais non; je veux vous dire auparavant, quel est le sort de mes deux jeunes sœurs, que je vous ai nommées autrefois.
» Aubépine était une enfant, lors de notre malheur. Elle l’ignore. C’est dire qu’Epinevinette ne le sait pas non plus. M. le Maréchal, qui les aime tendrement, parce que l’amitié peut s'étendre également à plusieurs objets, vient d’assurer leur établissement d’une manière un peu singulière ! M. De M *** son parent, avait une fille unique, qui est morte. Il en fut au désespoir, et rejeta toute ses espérances sur une nièce, qui mourut aussi. Le duc alors voulut mourir lui-même; il se regarda comme coupable ; il dit que son malheur s’était répandu sur sa nièce, et qu’elle n'était morte, que parce qu’il l’avait aimée. La tête lui tourna. Il est dans un état de presque imbécillité. M. le Maréchal, guidé par son amitié pour Aubépine et Epinevinette, s’avisa un jour de les mener à son parent, et de lui dire : — Mon cher duc ! ta fille et ta nièce existent encore : les voici. C’est la raison affaiblie, qui te fait croire à leur mort ! Le duc semble s’éveiller ; l’excès de sa joie fut tel qu’il s'évanouit. On le fit revenir. Il demanda sa fille. On lui présenta Epinevinette. — Oui ! s’écria l’infortuné ; la