‹ Le Palais Royal (volume 4)Chapitre 74 sur 98 · DEUXIEME PARTIE · texte numérisé non relu

DEUXIEME PARTIE

voilà! voilà ma fille! Aubépine s’avance. — Et voilà ma nièce! l’une est brune... c’est ma fille... Celle-ci est blonde... c’est ma nièce! Depuis ce moment, le duc est heureux par une illusion. Il croit voir ses enfants. On va lui remettre les deux jeunes personnes chez lui, et à sa mort, on les mariera trèsavantageusement, sous des noms supposés.

» Quant à moi, monsieur l’historiographe, je ne suis pas à plaindre. En faisant pour ma sœur, autant qu’il a fait, le généreux Maréchal n’a pas oublié que je suis sa restauratrice, et sa chère causeuse, comme il m’appelle. J’ai un état assuré. Si je deviens mère, mes enfants auront un sort, et de la naissance, qui est aussi nécessaire que la fortune. C’est ainsi, crédules humains, que les gens adroits se moquent de vous, de vos opinions, de vos préjugés, de toutes vos niaiseries. La nature, en nous faisant hommes et femmes, nous a élevés au-dessus de toute l’animalité. Rien ne peut nous dégrader, pas même le crime. Et les humains l’ont si bien senti, que c’est moins le crime qui flétrit, que le bourreau et l’échafaud... Je ne vous en dirai pas davantage. »

Narcisse était chez Madame Janus avec ses trois sœurs et Jacinthe. Je les admirai toutes cinq, et je faisais de profondes réflexions sur les caprices de

la fortune ! Nous avouerons que nous ne pouvons nous défendre d’une sorte de considération pour cette Janus, malgré son métier, en voyant le respect, la tendresse, la reconnaissance que lui mar. quent toutes ses filles, même la modeste, la chaste Jacinthe !

Nous n’avons jamais pu savoir au juste quel était le mari de Narcisse. Soit qu’il fût trop élevé, soit que ce fût un mariage clandestin, soit qu’il fût contracté par une personne non mariable, sous le nom d’une qui l'était (ce que nous présumons), jamais Madame Janus n’a voulu s’ouvrir, et nous sommes obligé de laisser cette lacune à notre histoire.

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