DIXIEME ET ONZIEME BERCEUSE
AUTOMNETTE ET LISERONE.
Ces deux jeunes personnes se réunirent, pour être Berceuses, non d’un homme, mais d’une femme très-riche, qui s’éprit, pour Automnette, de la plus tendre amitié. Cette dame fit deux bonnes actions: elle obligea Printanière, la cousine, de garder toute sa fortune, et l’empêcha de prendre Liserone avec elle, lorsqu’elle se maria; en lui représentant, combien il était dangereux de mettre dans un ménage, un sujet de tentation aussi grand que les charmes d’Automnette. Cette raison fut ce qui détermina la dernière à se séparer de sa tendre amie.
Quant à Liserone, fille de la bossue, la dame,
nouvelle protectrice, promit de la dédommager de la succession de sa mère, qu aussi bien elle n’obtiendrait pas de la loi. Elle ne voulut pas même qu’on avertît les deux sœurs, la mère de Soucie et celle de Liserone, de leur maternité. Elle fit sentir à Madame Janus, que c’était porter la désunion dans une famille, alors très-unie ; le neveu et les deux nièces étant d’aimables jeunes gens, pleins de mérite ; que puisqu’on réparait les torts de la nature envers les enfants naturels, il fallait abandonner aux trois autres les avantages que la loi leur assurait. Ces considérations ne produisirent pas entièrement leur effet sur Madame Janus, un peu entêtée de son naturel, et qui voulait punir la sœur aînée de son avarice. Elle se tut néanmoins.
Cependant la dame protectrice chérissait ses deux pupilles, qui l’endormaient, le soir, par les contes qu’elles lui faisaient des histoires de toutes leurs compagnes. Elle les adopta pour ses filles, et leur chercha des partis sous ce nom glorieux.
Comme elle avait changé d’hôtel, ses nouveaux voisins du Marais la crurent mère des deux belles. Un voisin, qui avait pour fils un petit Parisien trèsnigaud, nouvellement décoré d’une charge, vint chez la dame veuve, pour lui demander une de ses