DEUXIEME PARTIE
demoiselles. — Laquelle, Monsieur? — Mais, Madame, celle que vous voudrez : mon fils n'a pas de volonté. — En ce cas, Monsieur, je vous déclare deux choses; que je donne à ma fille, quinze mille livres de rentes , pour tout , sans autre espoir, et que je vous accorderai celle que choisira Monsieur votre fils... Le père accepta, en donnant les marques de la plus vive reconnaissance.
Dès le lendemain, il amena son joli nigaud, en belles manchettes de dentelle, frisé, bien parfumé, ayant des boucles d’une largeur! d’un éclat!... Automnette et Liserone étaient avec leur mère adoptive.
Après les salutations, la dame protectrice a dit au jeune homme : — Monsieur, on m’a dit que vous étiez indécis entre mes deux filles. C’est donc à elles à vous choisir. A la fin de votre visite, je leur demanderai leur sentiment. Ah ! Madame ! (dit le père), que je voudrais être à la place de mon fils! Il sera sûr de ne pas déplaire, et c'est un si grand bonheur, de la part de l’une ou de l’autre de ces belles personnes ! Le fils pirouettait, et se caressait devant les glaces. Il est vrai qu’il n’avait que vingt-deux ans; c’est à Paris l’âge suprême de la fatuité pour les sots. Quelques-uns, cependant, sont encore plus sots à trente... On causa. Le fat
dit des riens ; son père, homme de quarante ans, dit des choses. Il parla de feu son épouse. — Vous êtes donc veuf, Monsieur ? (dit la dame protectrice). — Oui, Madame, et voilà mon fils unique... On continua. Le père et le fils ne s’ennuyaient pas ; mais l’heure les renvoyait. Le père le sentit, car pour le fils, il ne sentait rien, que son mérite.
— Madame ! (dit le premier), avant de sortir, pourrais-je savoir, aujourd’hui, laquelle de ces deux charmantes personnes j’aurai le bonheur d’avoir pour bru? — Nous allons délibérer (dit la dame en riant).
On délibéra. Puis les deux jeunes personnes rentrèrent chacune dans leur chambre. La dame appela le père:
— Monsieur... J’ai une singulière chose à vous dire ! — Hé ! Madame ! vous m’effrayez !... — Mes deux filles... ne goûtent pas... votre fils. — 'Je m’en m’en serais douté! — Mais... toutes deux... vous choisiraient... sivous étiez à choisir! — Juste Ciel! (s’écria le père avant que la dame eût achevé)... Ah! Madame! je suis à celle qui voudra de moi... Mais que l’autre prenne mon fils! — A ce prix, je crois qu’on le prendra. Elles s’aiment si tendrement toutes deux, qu’il suffira que la vôtre en prie sa