‹ Le Palais Royal (volume 4)Chapitre 8 sur 98 · PREMIÈRE SUNAMITE · texte numérisé non relu

PREMIÈRE SUNAMITE

CLOVISE ET JAVOTE

Une mère assez laide avait épousé un joli père. Ils avaient fait une jolie enfant, qui ressemblait au dernier. La mère était bien fière d’avoir fait plus beau qu’elle, et on n’imagine pas les peines qu’elle prenait à parer sa fille. Elle ne la perdait pas de. vue ; elle la tenait toujours à côté d’elle. Précaution fort sage ; mais qui ne fut pas suffisante !...

Madame Legrand , au moment où sa fille atteignit sa douzième année, avait pris pour cuisinière, une petite villageoise assez jolie, qu’on lui recommanda fort, parce qu’elle était d’honnête famille. M. et Madame Legrand, qui étaient marchands, vinrent, comme tout le monde, s’établir au Palais-Royal. Là, ils envoyaient Clovise , avec

Javote , se promener dans le jardin, pour fortifier sa santé. La fille, domestique, avait environ seize ans, elle s’enjolivait à vue d’œil ; Clovise, à douze ans accomplis, annonçait la beauté la plus complète.

Javote était honnête mais le spectacle continuel qu’elle avait sous les yeux, de filles qui ne la valaient pas, superbement parées, lui faisait faire des réflexions. Elle en causait même avec Clovise. Elles remarquaient ensemble, comme ces filles étaient suivies des jeunes gens. — Elles sont bien heureuses ! (disait Javote! — Oui ! (répondit Clovise): Elles vont où elles veulent! et moi, pour venir seulement ici , il faut le demander pendant une heure ! — Ho ! vous, votre Maman vous aime, elle vous accorde tout ; si vous faites quelque chose de mal, c’est moi qu’elle gronde. — Oui ; mais à forcé de me choyer, çà m’ennuie ! J’aimerais mieux moins d’amitié, et plus de liberté. — Vous avez raison ! mais si vous étiez donc comme moi, toujours méprisée, toujours grondée ! On ne souffre pas, sans peine, que je mette un fichu blanc, des bas, des chaussures propres. Voyez donc ç’te chiffon! ça se croit jolie!... (dit votre mère). Et votre père, qui se sert des mots les plus avilissants ! qui me fait m’abîmer les mains à lui décrotter ses

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