DEUXIEME PARTIE
puis encore espérer, supposé que je le mérite?
» Ici, M. le duc entra, suivi de mes sœurs et de mon amie.
» — C’est à moi qu’il faut demander une réponse (dit-il à l’Espagnol). Le jeune homme s’inclina profondément, et dit au duc : — Monsieur ! prescrivez-moi ma conduite, et je vous obéirai...
— Vous êtes ici venu de vous même. Quel est votre but? — D’obtenir la main de cette belle personne, si je ne suis pas trop au-dessous d'elle. — Êtes-vous décidé à l’épouser, quelle qu’elle soit?
— Oui, Monsieur. — Je vous l'accorderai, si je m'aperçois que vous pouvez la rendre heureuse. Vous lui parlerez tous les jours une demi-heure, en même temps que l’Anglais à son aînée, et vous dînerez ici lorsque j’y serai.
» L’Espagnol fut comblé de joie. Nous causâmes familièrement une demi-heure, et il se retira enchanté. Il y a huit jours qu’il a reçu tous les papiers nécessaires. Demain, il m’épousera, aux pieds des mêmes autels, où l'Anglais recevra la main de ma sœur Barberose. »
— C’est le tour de Framboisine (dit Barberose). Veut-elle conter ?
— Il le faut bien (dit cette jolie personne, ou je
passerais pour une niaise, qui ne sait pas s’exprimer. l6
» Je ne parlerai pas de ma naissance, que vous connaissez : je fus jetée sans parents sur la surface de la terre. Mais aussi, je n’ai pas à craindre le déshonneur communiqué. Je suis à moi seule toute ma famille, et mes propres actions peuvent seules m'honorer, ou me couvrir de honte. C’est un avantage ; car je ne veux en faire que de bonnes.
» Nous allons souvent aux Italiens. C’est un spectacle charmant par les pièces, les acteurs, les actrices et la musique. On peut lire, chez soi, les pièces des Français, avec autant de plaisir qu’à la représentation; mais il faut voir jouer celles des Italiens ; il faut entendre un Courcelle, un Granger , une Madame Verteuil, alléger le drame de sa pesanteur, et la remplacer par l’énergie : une Madame Duga\on , une sublime Renaud , une aimable Saint-Aubin, une séduisante Carline , une Mademoiselle Adeline, une Mademoiselle Desbrosses, etc., ôter à l’ariette son insignifiance et sa nullité. Un soir que nous étions, toutes cinq dans les loges sur l'amphithéâtre, parce que M. le duc occupait la sienne avec des dames, et encore parce qu'il se fait un devoir de payer souvent nos plaisirs, pour l’avantage du spectacle ; un soir, dis-je, il vint derrière nous une dame, avec un homme