‹ Le Palais Royal (volume 4)Chapitre 82 sur 98 · DEUXIEME PARTIE · texte numérisé non relu

DEUXIEME PARTIE

d'un certain âge. Nous nous serrâmes aussitôt, pour donner à la dame la place d'honneur. Elle l’accepta.en nousremerciantbeaucoup. J’étais presqu a l'autre extrémité de la loge. Elle avait sans cesse les yeux sur moi. — Quelle est cette aimable demoiselle (dit-elle à Barberose, sa voisine). — C’est ma compagne. — Mon Dieu ! je ne saurais détourner mes regards de sur elle !... Je devrais avoir une fille de son âge et de sa figure ; mais la mort me l’a enlevée à douze ans... Qui est-elle? — C’est une orpheline. — Pardon ! mais je vous avouerai, que c’est pour elle que je suis venue dans cette loge. .. C’est la place des filles. . . Pardon ! pardon !... Mais... le serait-elle? — Non. Madame, nous sommes de jeunes personnes honnêtes, mais dont la situation est très-extraordinaire ! — Mais honnêtes ? — Oui, Madame. — Elle est orpheline, indépendante; elle n'a personne?-— Personne, que des protecteurs. — Ha! bon Dieu!... si j’avais le bonheur!... — Dans l’entr’acte, nous changerons de place, et vous lui parlerez. — Ha ! Mademoiselle ! je vous aurai bien de l’obligation !

» L'acte étant fini , Barberose vint auprès de moi et me prévint. Nous changeâmes de place, et je me trouvai auprès delà dame. Elle me témoigna la plus vive amitié ; elle me dévorait des yeux, me

pressait les mains. Je lui fis mon histoire pendant la pièce. Elle paraissait transportée. Elle vint le soir même chez M. le duc, et elle lui proposa de m’adopter. Ce digne protecteur y consentit. Je suis adoptée depuis un mois, et je demeure chez ma nouvelle maman, qui est très-riche. Elle m’a trouvé un parti, que j’aime, parce qu’il en est digne, et je serai mariée après demain. Je veux assister au mariage de mes sœurs. Car toutes les élèves de maman Janus se donnent ce nom, et plus particulièrement celles qui ont des rapports entre elles. Voilà où j’en suis, Monsieur. »

Nous admirâmes la variété des aventures de ces filles : nous trouvions du plaisir à les entendre, et nous ne doutons pas qu’elles n’en fassent autant au public, à la lecture, que nous en avons pris à les écouter.

C’était le tour de Pêchette. Elle s’approcha en rougissant. — Veux-tu que je conte (lui fiit Barberose). — Non, non! tu te permettrais des plaisanteries...

« Monsieur (ajouta la jolie Pêchette), mon aventure est postérieure à celle de Framboisine. Vous savez comment je suis née. Il fallait que tout se ressemblât.

» Un jour, une dame un peu dégigandée, se

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