DEUXIEME PARTIE
présenta chez M. le duc. demandant à lui parler. Elle paraissait avoir environ quarante ans. Elle fut introduite. — Monsieur le duc (dit-elle, en faisant une révérence gauche), vous avez chez vous une élève de Madame Janus, appelée Pêchette? — Oui. Madame. — C’est. M. le duc, que je suis sa mère.
— Je vous en félicite, Madame. — Ha ! M. le duc! songez par quelles angoisses j’ai dû passer!... car vous savez tout? — Oui, Madame, et je vous plains bien sincèrement! — Ha!... Vous sentez, M. le duc, que je suis seule en état de lui dire quel est son père? — Et comment pouvez-vous le savoir?
— Ha ! M. le duc ! si vous étiez femme, vous sauriez cela... Dans les vingt-huit , tous n’étaient pas soldats... Il y avait un jeune enseigne, beau comme l’amour... Vous sentez bien, M. le duc, qu'une femme ne résiste pas à ces choses-là?... Je fus sensible, un instant... Rien après... De vilains soldats, plus brutaux... qui ne causaient que de la douleur... à une femme délicate... Car jetais, M. le duc... J'aurais tenu là... (montrant ses dix doigts en étreinte). — Vous étiez femme de fermier? — Est-ce qu’une fille de fermier, qu'épouse un fermier, ne peut pas être délicate, monseigneur?— Si, si... Voyons. — Je voudrais voir votre Pêchette : si elle ressemble à son père , il n’y a pas
de doute. — Vous ne l'avez donc jamais vue ? — Non, M. le duc. — Hé bien, elle va paraître ; mais avec ses cinq compagnes; et vous la démêlerez. — Bon ! bon ! je m'en tromperai moins.
» On nous fit toutes paraître à la fois dans le salon. Dès que la dégigandée m'aperçut , elle courut à moi, en s’écriant : Voilà, voilà ma chère fille ! la voilà ! Elle ressemble à son père comme deux gouttes d’eau! M. le duc me demanda, si j’avais jamais vu cette dame? Je répondis, que c'était la première fois. Il la crut, et la félicita, en lui faisant mon éloge. Ma mère me fit beaucoup de caresses, et me promit de me montrer mon père, qu'elle nomma. — Comment (dit M. le duc)! il a été tué ces jours-ci. — Tué! tué (s'écria la dame). Ha! Ciel!... Le sort me poursuit!... Tué! tué!... ma chère fille! tu n’a plus que moi!... — J’ai un excellent protecteur (répondis-je), et maman Janus. — Oui, oui, mais je veux dire, que tu n’as plus que ta mère... Allons, allons, j’ai quelque chose. Je t’assurerai tout, si M. le duc veut me permettre de te marier. — Je songeais à l’établir (répondit notre protecteur).
» Ma mère, après une longue visite s’en alla. Le lendemain, il vint de sa part, un assez bel homme âgé de trente ans, qui me demanda. On le présenta