DEUXIEME PARTIE
au duc. auquel il donna une lettre de créance de ma mère, comme étant le parti qu'elle me destinait. Il me parut assez aimable et M. le duc luimême le goûta fort. Il se nomma : c était un bon gentilhomme de Normandie, un peu braque, il est vrai, mais estimé généralement. Il était devenu amoureux de moi, en me voyant, du boulevard, prendre l’air dans le jardin de l’hotel. C’est lui (nous dit-il), qui m’avait rappelée au souvenir de ma mère, et qui l’avait engagée à la démarche quelle avait faite la veille. On l’écouta. Il fut accepté, sauf les informations.
» Le lendemain, ma mère revint. Elle demanda au duc la permission de me conduire chez quelques parents, qu’elle ne voulait pas nommer. On lui accorda sa demande. Elle me conduisit dans deux maisons, chez madame la baronne de***, qui m’examina très-curieusement ! et chez une vicomtesse, qui m’accueillit très-bien. Je ne concevais pas que ce fussent là des parentes de ma mère. Cependant on la nommait ma cousine. Elle me ramena le soir.
« Quelques jours s’écoulèrent, au bout desquels, je fus de nouveau redemandée par ma mère. On me confia plus facilement encore. Nous soupâmes chez la vicomtesse. Ma mère me ramena
chez elle, et me proposa de coucher. Je ne voulais pas. Elle envoya devant moi, dire que je couchais. Une observation que j’avais faite, c’est que ma mère aimait un peu le vin, pour une femme. Je couchai dans sa chambre, mais non pas avec elle. J’eus le grand lit. Ce qui m'étonna. Je dormais mal... Enfin, je succombai au sommeil... Je m'éveillai dans les bras d'un homme!...
» Je m’écriai!... L’homme s’enfuit, et ma mère s’éveillant, vint à mon secours... Je ne pus m'empêcher de lui faire des reproches. Elle me protesta quelle n’avait introduit personne. Je me levai... bien affligée de mon malheur...
» Je m’en retournai au jour, et je ne cachai rien à notre protecteur... Il fit saisir la dame... Cetait mon amant !... Mais son projet de m’épouser étant réel, on a tenu la chose secrète. Tout est prêt. Je serai mariée demain, au même instant que mes amies.
» Quant à ma mère, c’est une bonne fermière. Elle a dit une partie des choses que vous avez entendues, sur mon origine ; mais elle ne songe pas à moi. On ne lui révélera peut-être jamais mon existence. »
Nous fûmes très-contents du récit de Pêchette, et nous le lui témoignâmes. Il ne restait plus que Reineclaude à parler.