DEUXIÈME PARTIE
La femme dormait déjà. Je me déshabillai; je fis un paquet de mes habits avec mes jarretières, afin de pouvoir les emporter en un paquet, et je me glissai dans le lit. J’attendis un moment favorable, quand la femme tout endormie me toucha. Elle m’embrassa sans s’éveiller. Je me livrai à toute mon énergie. La jeune femme y répondit de toute la sienne. Nous paraissions infatigables. Enfin, elle m’arrêta, en me disant : — C’est assez, Jacob ! tu te tueras !
— Ha ! c’est bien le nom que portait mon père (dit Pensée).
— Je feignis de dormir. J’entendis sonner trois heures. Heureusement que la jeune femme s’était rendormie !... Je me glissai hors du lit, je pris mon paquet, et j’allai m’habiller sur le carré.
Je ne pus jamais trouver un de mes bas. Je descendis. A la porte j’entendis quelqu’un. Je me cachai dans l’encoignure et l’on entra. C’était Jacob. Il trouva mon bas, qu’il ramassa en disant: — C’est un bas de soie ! Je l’entendis rentrer. J écoutai. Il se coucha, et le jeune homme, au bout de quelques minutes, s’éveilla, et sauta du lit, en disant: — Non, non! dors! Il faut que j’aille à mon ouvrage ! Elle s’habilla, après avoir fiait de la lumière. Elle vit le bas de soie, et dit : —
Tu as trouvé ça ? — Oui, à la porte. — A la porte ; c’est à la ravaudeuse. Et elle se tut. Je descendis, et l’entendant elle-même descendre en sabots : je lui tirai mon bas, et m’esquivai.
Cette femme devint grosse. Elle n’avait jamais eu d’enfants ; elle n’en eut point ensuite. On a parlé de la beauté de sa fille; et je vois qu’elle ressemble infiniment à ma sœur Ernestine, qui elle-même ressemble à Madame Saint- Aubin... Je n’en doute pas. C’est ma fille! et tu seras mon gendre.
On se félicita de cette découverte singulière, puis on demanda l’histoire de Lilette.
Cette jeune personne la fit avec la même sincérité que sa compagne. Les deux frères connaissaient le trait de Priape, et au nom de la mère de la jeune cantatrice, ils trouvèrent en elle une cousine issue de germaine.
Tout ce qu’on vient de lire avança beaucoup les mariages. Car le jour suivant, l’on vit arriver les deux frères avec deux dames. L’une était Ernestine, leur sœur, l’autre, la présidente de ****, mère de Lilette. Avant de leur montrer les deux jeunes cantatrices, on pria Madame Janus de les faire paraître avec toutes leurs compagnes. On conduisit ensuite les deux dames dans le salon, et on les pria