‹ Le Palais royal (volume 5)Chapitre 49 sur 91 · TROISIÈME PARTIE · texte numérisé non relu

TROISIÈME PARTIE

môme situation que la veille à pareille heure. II fut enchanté d*avoir là sa gouvernante... Bref, on se leva, et Margot, la propreté même, passa dans sa chambre, où elle prit un«demi-bain.

Ce fut .Margot, qui développa le tempérament du pasteur. Elle lui donna une fille. On pense bien qu'elle cacha sa grossesse, et qu'elle vint accoucher à Paris.

Pour soigner le curé, pendant son absence, elle avait mis au presbytère une grande fille, un peu sa parente, et sa filleule, appelée Marianne. EUe dit à M. le curé. — Ha! ça ! prenez garde I c'est une fille de seize ans : elle a ses parents ici ; n'allez pas VOUS' aviser 1... Prenez garde 1... vous seriez perdu 1... Le curé fit les plus grandes promesses de se contraindre... Margot partit.

Le premier jour, le jeune curé se disait à luimême : — Margot a bien raison!... C'est une enfont, que sa filleule ! Cela jaserait !... Or, il y avait dans le bourg, une jeune femme d'une très-jolie figure, appelée la Chevrier, Elle était stérile, depuis trois ans de mariage ; elle se tenait bien, et on l'aurait prise pour une fille, par sa fraîcheur. Le pasteur alla s'imaginer que le mari de cette belle était impuissant, et que c'était une œuvre méritoire, de le remplacer auprès de sa brebis mal

soignée. Il alla trouver la jeune femme qui Taccueillit. On envoya le mari à Soissons pour affaire; il devait passer à I.aon, pour gagner Amiens. Le voyage devait être de dix jours.

Dès le premier du départ, la jolie Chevrier vint doucement, à nuit close, chez le curé, qui lui ouvrit une porte de derrière. Elle entra dans sa chambre, et ils se mirent au lit. Le bon curé trouva celle-ci plus agréable encore que Margot ; mais le matin, avant Taurore, la belle le quittait, et se retirait lestement chez elle.

Tout alla bien , pendant neuf nuits. Mais à la dixième, comme c'était la dernière, dame î on s'en donna, et l'on ne s'éveilla qu'au grand jour. On parla. La petite Marianne, qui était venue à la porte du pasteur, pour faire sa chambre, entendit causer, et reconnut la voix de la Chevrier. Elle colla son œil à un petit trou, négligé par le curé, qui avait tout bouché ; elle vit la Chevrier sortir du lit... Elle se tut, le cœur serré... La Chevrier s'en alla en plein jour, comme si elle était venue le matin chez le pasteur, son mari arriva dans la journée et elle ne vint pas le soir.

Au moment de se mettre au lit, le pasteur entendit sangloter Marianne, qui bassinait, cachée derrière le rideau. — Hé ! qu'avez-vous, ma chère

fille (lui dit le pasteur). Rien. — Mais qu'avezvousî — Mot. — Parlez-moi ? Et il alla près d'elle. Marianne était en pleurs. — Vous me regardez comme une enfant (dit-elle enfin). Cependant, je suis assez grande, et ma mère, il y a quelque temps, m'a dit, que j'étais grande fille I Est-ce que vous croyez que je ne coucherai pas aussi bien avec vous, que ma cousine-marraine Margot, et notre voisine Chevrier? Essayez, et vous verrez. Tout effrayé que fut le curé de la découverte de son intrigue avec la stérile Chevrier, il ne put s'empêcher de sourire de l'excès de naïveté de Marianne. Il la considéra. Elle était faite au tour, assez jolie, et surtout elle avait cet air de seize à dix-sept ans, qui seul égale tous les attraits. 11 lui dit bonnement : — Hé bien, ma fille, j'y consentirai I Mais si vous voulez me prouver que vous n'êtes plus une enfant, de la discrétion I Tant pour votre compte que pour votre cousine et pour Madame Chevrier I C'est par là que je vous estimerai, et que je saurai que vous êtes bonne pour les grandes affaires.

Ils se couchèrent. M. le curé se rappela pour lors vivement ce que lui avait dit Margot. Il résolut d'être chaste avec Marianne. Ils dormirent. Ils s'éveillèrent et se levèrent comme ils s'étaient couchés.

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Marianne, dans la journée, était rayonnante. La gloire est-ce que notre imagination la fait. Cette jolie enfant avait mis la sienne à coucher avec M. le curé ; elle en était toute fière, et son unique peine, était de ne pouvoir le dire I Mais elle Tavait promis, et Tidée de redevenir une enfant, par son indiscrétion la retenait suffisamment.

La jolie Chevrier devint enceinte. Mademoiselle Margot mourut en couches, parce que Tenfant était trop fort. Celle-ci vécut. Madame Chevrier eut un fils et une fille ; ce qui combla de joie son mari et le pasteur.

Un soir, Marianne dit au curé : — Est<ce que vous croyez que je ne sais pas que ma cousine a fait un enfant? C'est une fille. Margot est morte en couches... Madame Chevrier n'est pas morte, elle, quoiqu'elle en fait deux; mais elle a bien manqué!... Ohl comme vous faites de gros enfants!... et jolis!... Est-ce que vous ne m'en ferez pas un ou deux?... — Si, si. — Je serai donc Madame la curée ? Le pasteur alors instruisit Marianne. Il lui dit, qu'il ne lui ferait pas d'enfent, parce que les curés ne se mariaient pas; qu'elle était fille, et qu'une aventure l'obligerait à se cacher, ou la perdrait d'honneur. Marianne l'écouta, réfléchit un moment et lui répondit :

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