‹ Le Palais royal (volume 5)Chapitre 58 sur 91 · TROISIEME PARTIE I · texte numérisé non relu

TROISIEME PARTIE I

bien de lui faire la même confidence qu'à sa femme ; elle craignait que les confidences entamées ne tentassent le friand...

Pendant tout cela, Madame Lichères devint tous les jours plus éprise de M. Beignet. Elle résolut enfin de se lier avec lui, et voici comment.

Elle connaissait la situation de la jolie Necard. Elle lui en fit l'aveu, mais en lui donnant mille ténioignages d'estime : — Ce n'est pas votre faute ! (lui dit-elle) ; vos parents, que je sais avoir été de bons marchands, ont mal fait leurs affaires ; votre mère vous a donné à un homme puissant... Vous y êtes, s'il y a du mal, il ne vient pas de vous. Et elle la caressait. Elle lui fit ensuite l'aveu de son penchant pour Beignet.

Ici la jolie Necard marqua de l'étonnement, en louant le mari, Je suis enchantée que tu le trouves à ton goût (lui dit Madame Lichèses). J'ai un projet... c'est un badinage... mais qui nous amusera longtemps... J'ai envie de le faire inviter par mon mari. Comme il ne m'a jamais vue, que j'aurai soin qu'il ne me trouve pas ici. quand il y viendra, je voudrais que tu passasses, dimanche prochain, pour Madame Lichères, et moi, pour Mademoiselle Necard? Nous nous amuserons bien !... Tu vois que ce n'est qu'une risée !

L'aimable Necard consentit à faire le rôle qu*on lui proposait. Elle y prévoyait du plaisir, parce qu*en effet Lichères ne lui était pas indifférent.

Madame Lichères, dans la semaine, fit la proposition à son mari. M. Lichères la goûta et il se promit beaucoup d'amusement î II invita M. Beignet à dîner.

Le dimanche arrivé, comme il n'y avait pas de domestique dans cette maison, la jolie Necard. venue de bonne heure, mit un tablier devant elle, et prit le rôle de maîtresse de la maison. M. Lichères trouvait du plaisir à nommer sa femme une fille charmante, bien mise, et à laquelle le tablier blanc donnait l'air le plus provoquant. Madame Lichères, parée à son avantage, faisait la dame, ou si elle aidait, c'était avec des grâces nonchalantes. On la nommait Mademoiselle Adélaïde, ou Mademoiselle Necard.

Beignet seconda parfaitement les vues de Madame Lichères. Il s'éprit pour elle, et l'on s'en aperçut dès le premier moment. Ce qui redoubla le plaisir, car la familiarité de Lichères avec la jolie Necard était délicieuse ! Ils se tutoyaient ; ils se parlaient en confidence, d'un air froid affecté : l'indifférence des époux était un régal pour eux, parce qu'elle n'était pas de leurs dispositions.

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Le dîner fut gai. La promenade le suivit. Pour avoir la fausse Necard, Beignet fit entendre qu'il songeait au mariage. — Allons (dit Lichères), il faut donc m'en tenir à ma femme ! Et il prit Adélaïde. La journée s'écoula comme un instant. On se quitta très à regret. Lichères fit entendre qu'il fallait qu'il reconduisuit Mademoiselle Necard. Il mena sa femme. Adélaïde feignit d'avoir affaire, pour renvoyer le convive. Elle vint joindre les deux époux au coin d'une rue, où ils l'attendaient. Madame Lichères rentra chez elle et son mari ramena réellement Necard.

On se doutait que le lendemain à midi, M. Beignet rendrait une visite. On avait prié Adélaïde de profiter d'une sortie pour venir. Ce fût elle que trouva Beignet. Elle le reçut froidement, et il resta peu. Il ne revint pas de la semaine, mais il invita chez lui, pour le dimanche suivant. On porta la ruse, jusqu'à envoyer Madame Lichères dans l'église Saint-'Jacques-Flamel, où Beignet eut l'inexprimable plaisir d'aller la chercher. Adélaïde était à la maison.

Le double projet de Madame Lichères ne réussit que trop. Mademoiselle était une petite maîtresse délicieuse ; elle n'était pas Lucrèce, quoique fidèle jusqu'alors à son président, elle aima Li-

chères, elle en fut aimée et Tépouse, énamourée de son côté, encourageait une passion qui la mettait à son aise.

Cette seconde entrevue fut encore plus agréable que la première. On s'amusa, comme des amants, avec beaucoup 4e particulier.

Beignet déclara sérieusement qu'il voulait épouser, sous quinze jours. On appjaudit. Il demanda le nom ? L'on donna ceux d'Adélaïde. Les parents? On les indiqua. Dans la semaine, il fit les démarches. Il fallut encore ruser, pour faire trouver Mademoiselle Lichères chez sa belle-sœur, au lieu d'Adélaïde... Il était prévenu qu'on se cachait de la maîtresse... Il fut discret.

On dîna le dimanche suivant chez Lichères. Il y avait deux fêtes. On en profita, pour augmenter l'illusion. On gardait la jolie Necard. On feignit de la faire coucher dans le lit de M. Lichères. Elle s'y mit en effet ; mais elle en sortit aussitôt, au grand regret des deux époux. Car Madame Lichères était si ardemment éprise, qu'elle ne pouvait plus souffrir les caresses de son mari.

Le lendemain, on dîna chez Beignet. On passa la journée ensemble... Le consentement des parents était donné... Après ce souper... le tendre amant... osa proposer à la prétendue... de tromper

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