‹ Le Palais royal (volume 5)Chapitre 60 sur 91 · TROISIEME PARTIE I · texte numérisé non relu

TROISIEME PARTIE I

tiens dans tes mains mon bonheur et ma vie. J'ai possédé ta femme tout à l'heure. Si elle n'avait pas cédé, je l'aurais poignardée... Mais je suis juste. J'ai senti, qu'en faisant une injure à mon ami, je devais lui prêter le flanc. Je viens d'épouser Mademoiselle. Elle est ma femme. Je te la cède. Donne-moi celle que j'adore.

Les trois personnes demeurèrent interdites, à ce discours... Enfin, après un long silence, Lichères répondit : — Que me proposes-tu, mon ami? J'aime Adélaïde, j'en conviens, mais un crime pareil à celui que tu médites, empoisonnera notre vie ! — Ma vie en dépend. — Et la mienne (s'écria Madame Lichères). — Serez-vous heureuse avec moi (demanda Lichères à la jeune Adélaïde). — Oh! oui 1 — Me voilà décidé... Changeons de demeure, de quartier, de noms. Craingnons les lois, puisque nous faisons mal ! — Il ne faut pas changer de noms (dit Madame Lichères). Il faut nous loger ensemble, pour prévenir le hasard des rencontres de nos connaissances. Il ne faut confier notre secret qu'à nous mêmes , et avoir une échappée en cas de malheur.

C'est ce conseil qu'on a suivi. Les deux ménages n'en font qu'un. Et comme si le violement de loi était un assaisonnement au plaisir, les deux

épouses et les deux maris sont également constants dans leurs liens insolites.

Mais sont-ils heureux ? Nous ne le croyons pas. Il nous semble, que si le divorce était établi, que ces gens eussent pu changer; ils auraient eu moins d'attrait pour l'irrégularité. Nous pensons que la faculté de pouvoir s'unir, aurait contribué à ralentir une passion, que d'insurmontables obstacles ont irritée.

Voilà le premier trait de ce genre, qui soit à notre connaissance : nous allons passer au second, qui se rapproche du genre de celui-ci.

Nitimur in vetitum

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